Trois ans après « La salle des profs«
Trois ans après nous avoir envoûtés avec son inquiétante Salle des profs, Ilker Çatak revient cette année sur les écrans avec ce film puissant, encore plus inquiétant que son précédent qui fait de lui le maître des observateurs de notre monde à la dérive et en proie aux démons du totalitarisme. İlker Çatak est né en 1984 à Berlin et a grandi à Istanbul. Il étudie la réalisation à Berlin et Hambourg. Son film de fin d’études, Sadakat – Fidélité (2014), remporte de nombreux prix, dont l’Oscar étudiant d’or du meilleur court métrage international. Son premier long métrage Il était une fois Indianerland est sorti en 2017. Deux ans plus tard, il réalise son deuxième film de cinéma, La Parole donnée, produit par Ingo Fliess. Le film est présenté en première mondiale au Festival du film de Munich en 2019, où il reçoit deux récompenses, puis remporte début 2020 la Lola de bronze du Meilleur film, après plusieurs nominations au Deutscher Filmpreis. En 2021, İlker Çatak adapte au cinéma le roman à succès de Finn-Ole Heinrich, Mains armées. Il travaille également pour la télévision, notamment avec l’épisode Tatort : Borowski et l’homme de bien. Son film La Salle des profs est présenté en première à la Berlinale 2023 et reçoit de nombreuses distinctions. Il est nommé en 2024 à l’Oscar du Meilleur film international. Son dernier film est coécrit avec Ayda Çatak.

Climat étouffant
Ici encore une fois des professeurs et des intellectuels dans un climat étouffant de totalitarisme qui ne dit pas son nom. Le film est tourné en Allemagne mais décrit parfaitement la situation de la Turquie de Erdogan. Le film, dans tous ses ressorts, montre comment on peut bâillonner l’art (notamment théâtral) et la culture (l’enseignement supérieur) pour arriver à ses fins et établir une dictature imprenable. Le film s’adresse au monde entier qui craque de partout, et notamment la France qui, avec ses institutions, se croit toujours à l’abri du totalitarisme… En quelques mots, voici donc ce film à ne pas rater : Professeur à la faculté d’Ankara, Aziz reçoit la « lettre jaune » qui lui signifie arbitrairement sa révocation. Quand sa femme Derya, célèbre comédienne au théâtre national, la reçoit à son tour, c’est le coup de grâce pour le couple. L’un et l’autre, condamnés pour leurs idées, sont obligés de se réfugier à Istanbul chez la mère d’Aziz. Le compromis entre cette précarité nouvelle et leur engagement politique va mettre leur mariage à l’épreuve, mais aussi leur vie, leur culture et leurs amitiés.

Est-ce ainsi que les hommes vivent ?
Un magnifique film, émouvant, réellement politique et fort pour lequel le réalisateur raconte l’anecdote suivante : « L’idée m’est venue en 2019, lorsque j’étais à Istanbul pour un film précédent. Des personnes du milieu m’ont parlé des lettres de licenciement qu’elles avaient reçues et des raisons parfois absurdes qui y figuraient. Dans un cas, quelqu’un avait fumé dans une loge de théâtre, ce qui avait déclenché une procédure disciplinaire. » Est-ce ainsi que les hommes vivent ? Bien évidemment, pour des raisons qu’on devinera sans peine, le film n’a pas été tourné en Turquie, mais en Allemagne, ce qui est bien spécifié au début de chaque partie du film. Ainsi Ankara est remplacé par Berlin et Istanbul par Hambourg et la langue utilisée ainsi que le casting sont entièrement turcs pour qu’il n’y ait aucun doute sur le système politique que le film dénonce.






