Yam Daabo

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Dans ce premier long métrage de fiction d’Idrissa Ouedraogo, on sent clairement l’empreinte des courts et moyens métrages documentaires qui l’ont précédé, à travers l’attention que porte le réalisateur sur les habitants de Gourga, village très pauvre situé aux confins du Sahel.

Dans les premières minutes du film, différentes actions manuelles bénéficient d’un gros plan séparé, mettant en valeur ces différents travaux. Plusieurs plans d’ensembles soulignent, par ailleurs, l’importance de la communauté, au contraire des individus.

On remarque aussi, dès le départ, le rôle, persistant, des rites et des traditions. La musique de Francis Bebey, rythmée, mystique, envoûtante, se fait, quant à elle, entendre ponctuellement. Souvent, elle s’efface pour laisser place à des bruits liés aux tâches manuelles filmées, ou un grand silence ambiant. La première parole n’intervient d’ailleurs qu’au bout de six minutes !

Le montage, lui, souligne le temps qui passe, un autre rapport au temps, comme avec ce chariot qui disparaît dans la poussière alors que la caméra reste à distance. Ouedraogo prend aussi le temps d’installer ce décor isolé, dans lequel la famille présentée habite ; à l’instar d’un paysage d’arbres desséchés. On sent la difficulté à se pourvoir en eau, on voit les enfants qui s’attellent – eux aussi – aux tâches ménagères.

Puis, après quelques minutes, et comme souvent chez Ouedraogo, intervient une jeune fille à la beauté irradiante, ici appelée Bintou. Un amour naît, pur et simple, entre Bintou et Issa, et dont l’enfant Ali est témoin.

A 12’42, un effet de contraste avec les paysages antérieurs s’établit par le passage en ville – son marché, son agitation, et son bruit. Les lourds paniers portés sur les têtes font penser à des tableaux ; Ali regarde l’affiche du film « Le feu de la vengeance », montrée dans un ciné-club, et que commentent aussi deux passants ;  tandis que des bonnets d’hiver vendus par cette chaleur torride provoquent le sourire.

 

 

Soudain, une mort d’accidentelle survient, celle d’Ali – qui reste hors-champ. Jamais de manière appuyée, l’émotion surgit au détour d’un plan, à travers des personnages bouleversants, pourtant juste discrètement esquissés, à l’image d’une mère silencieuse.

La parole se fait sporadique ; le silence, souvent, intervient ; sinon, le bruit du vent. La musique de Francis Bebey a d’autant plus d’impact qu’elle ne s’avère pas systématique. L’on entend le bruit de l’eau qu’on verse ou qu’on boit à grandes gorgées, de la terre qu’on travaille, ou d’oiseaux qui s’égosillent, insouciants.

La famille du film vit dans des conditions très modestes, et l’argent est compté jusqu’au dernier centime. Le travail de la terre acquiert l’attention première du cinéaste, documentariste rompu, on l’a dit.

Les plaisirs sont simples ; deux mains qui ferment les yeux d’une personne qui ignore celles à qui elles appartiennent, ou des cailloux qu’on jette en l’air, des jeux rudimentaires, mais qui suffisent déjà à mettre le patriarche en joie.

Ouedraogo fait le choix de l’évocation, de la suggestion, de la délicatesse. Pour faire comprendre qu’Issa et Bintou font l’amour, on voit seulement leurs habits jetés près d’un buisson, à la faveur d’un élégant hors-champ.

Comme toujours chez le réalisateur, malgré le drame, les personnages continuent, encore et toujours, à s’arrimer à la vie, et à retrouver leurs sourires et leurs rires après les larmes.

L’intrigue se met en place, lentement, presque de façon périphérique, tant on sent que l’intérêt du film est aussi documentaire. Bintou, en tout cas, tombe enceinte, ce qui va fortement déplaire à son père.

Monté avec soin par Arnaud Blin, le film convainc plus d’une fois par son découpage très maîtrisé, comme lors de cette scène, suivant la colère du père vis-à-vis de la grossesse de sa fille, où l’on voit, d’abord le visage triste et baissé de Bintou, ensuite ses mains liées, enfin un plan d’ensemble avec elle et sa mère derrière qui lui prépare à manger.

En quelques plans, tout est dit, sans parole ; et on se rapproche de l’art du muet, comme dans cette scène où l’amie de Bintou pleure, après qu’on ait vu, en gros plan, une photo de son fiancé Raogo, parti sans laisser de nouvelles.

Finalement, le père de Bintou et Issa se réconcilient, et Bintou accouche d’un fils que le couple décide de nommer Ali, en hommage à l’enfant décédé au début du film. Le primat reste toujours accordé à la sobriété, via, notamment, des regards et des silences éloquents.

A un moment, le film paraît prendre une autre direction, par le biais du personnage de Tiga, repoussé par Bintou et humilié par Issa, qui compte revenir pour se venger…

Parfois, aussi, la comédie nous surprend, inopinément, comme lorsque Raogo, qui finit par revenir, demande à sa promise si elle d’accord qu’il reste avec elle pour toujours, et que les membres de la famille, révélés par un contre-champ drôlatique, disent alors en choeur qu’ils sont d’accord.

Les réjouissances, cependant, n’ont pas l’occasion de s’éterniser ; puisqu’assez rapidement après la demande-main, le patriarche déclare que le travail attend – la famille quittant alors le champ de la caméra pour en aller dans un autre, de champ. Yam Daabo est un film bouleversant.

Titre original : Yam Daabo, le choix

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Durée : 75 mn


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