Voleuses (Sortie sur Netflix)

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Le film de copines revisité par son extrémité la plus juvaminée. Une comédie d’action où il est de bon ton de tirer sur « Tout ce qui brille ».

Un film qui aurait pu s’appeler Les Flingueuses, si ce n’était pas déjà pris.

Mélanie Laurent n’est ni Orson Welles, ni Warren Beatty. Ceci dit, Voleuses, troisième long-métrage qu’elle réalise et dans lequel elle joue (après Les Adoptés et Le Bal des folles), a bien quelque chose, une énergie intrinsèque et propulsive qui empêche au spectateur d’avoir l’impression que la cinéaste pêche par orgueil. Si ce n’est de la cohésion, c’est au moins un élan, propre à une structure déjà vue, mais qui s’acquitte de tout faire avancer à une bonne vitesse de croisière. Si ce n’est de la pertinence, c’est au moins une attitude communicative, comme si l’œuvre souhaitait elle-même participer aux futures soirées pizza qu’elle invite à organiser autour de son visionnage. Le film, qui mets également en scène Adèle Exarchopoulos, ainsi que la nouvelle venue Manon Bresch, est un bon film, et il l’est de la même manière qu’un sac peut être un bon sac : C’est-à-dire qu’il est capable de contenir de nombreuses choses agréables et belles, tant pis si l’ensemble n’offre pas de grande réflexion unie sur le monde, sur le cinéma, ou, de fait, sur ses propres personnages, qui existent par ailleurs surtout en tant que distributrices de punchlines, et comme pourvoyeuses en urban wear de moments badass.

Laurent, Exarchopoulos et Bresch incarnent, donc, des voleuses de haut niveau – Imaginez, des Lara Croft à gages –, lesquelles travaillent pour le compte d’une baronne du crime jouée par Isabelle Adjani. Cette dernière, plus délétère et tyrannique que jamais (plus endormie, aussi : Il est loin, le temps où Adjani évoquait tout en ne faisant rien. Ici, elle n’évoque rien en ne faisant rien), entretient avec ses employées une relation de subordination malsaine et personnelle qui commence à épuiser Carole, le personnage de Laurent. Un accord est trouvé : après un proverbial « dernier casse », qui nous fait de suite comprendre de quel genre de film il s’agit, la marraine du grand banditisme et ses sbires pourront se séparer à l’amiable, ces dernières devenant alors libres de mener la vie qu’elles souhaitent. Ce casse aura lieu en Corse : C’est l’un des points forts du film que de nous faire voyager, comme le faisaient dans le temps les productions d’un metteur en scène comme Philippe de Broca. Outre les horizons de Bastia (qui permet une petite apparition pour un acteur prometteur qui vient de Corse, Aurélien Gabrielli, du Monde après Nous), on a aussi droit à l’Espagne et à l’Italie, au cours de digressions qui sont en réalité un véritable mode de communication pour ce film de hang out.

Léger de la meilleure des manières, Voleuses tire une vraie impulsion de son aspect aéré et aérien – D’aucuns diraient, du fait qu’il ne sert à rien, une meringue filmique totalement ornementale, sans valeur nutritive, mais pourtant irrésistible à l’heure du goûter. Son ton conversationnel, ainsi que sa bonne idée de ne s’appesantir sur aucun détail (et donc, salutairement, sur aucun détail trop cliché), sont établis dès le début, par une séquence de voyage en wingsuit. En d’autres termes, Voleuses sait ce qu’il est, Laurent sait ce qu’elle fait, et Netflix, ici, offre de remplir une niche franco-ricaine autrefois occupée par la société Europacorp. Sous le signe du travail lucide de techniciens éclairés comme Antoine Roch, chef-opérateur plutôt compétent, Voleuses est délicieusement moyen de plafond, et c’est bienvenu, car le récit nous épargne dans son contenu la lourdeur, mettons, de sagas de tutures comme Taxi ou Le Transporteur.

Inspiré d’une bande-dessinée elle-même inspirée d’une série : Cat’s Eyes

Comment s’en sort Voleuses en tant que film de cambriolage ? Sur cet aspect, le bât blesse un peu. Bon à la détente, Voleuses s’avérera être long au suspense. Le genre nous a habitué à des échappées belles et à myriade de plans qui doivent être modifiés sur la comète : Ici, on a aussi des complications de dernière minute, mais Voleuses fait presque une blague du fait que tout le monde s’en moque un peu. Les personnages ne sont pas angoissés, ils attendent patiemment que la situation se débloque d’elle-même. On le devine, ils le font pour deux raisons : D’une, la situation va effectivement se débloquer d’elle-même. Juste le temps pour Philippe Katherine, grimé en Q provincial, de nous faire un petit sketch. De deux, ces protagonistes ne sont jamais angoissées. Ces femmes sont imphasables, imbattables, et indébattables, quand bien même Félix Moati, ici un sympathique trafiquant d’armes, parvient à larguer l’une d’entre elles.

Pas tout à fait un heist movie, Voleuses est plutôt un gunfight movie, un rampage movie. La plus assidue des fournisseuses de ce genre de moments bourrins sera Alex, le personnage d’Exarchopoulos. Éperdument romançomane, mais pas fleur bleue, et dotée d’un tempérament de feu et de fer, Alex adore son mentor Carole, et elle a la gâchette qui la démange. Un autre film aurait peut-être choisi de s’attarder sur cette relation co-dépendante : Dans le refus puéril d’Alex de s’accommoder d’une troisième comparse, on devine l’insécurité d’un personnage qui ne sait pas vivre seule, qui ne désire pas tellement apprendre ce qu’elle désire réellement ni s’engager vis-à-vis d’elle-même. Surtout, qui veut que rien ne change jamais. Et si, dans les faits, Exarchopoulos coche bien les cases nécessaires à ce que ne soient pas insupportables des « séquences émotions » obligatoires, elle ne s’y implique pas plus que ça. C’est dommage, ou ça ne l’est pas – On ne sait pas vraiment. Pour en être sûrs, il nous faudrait lire La Grande Odalisque, bédé dont est tirée le film. Cette petite nuance de caractérisation, et une autre similaire, sur le personnage d’Adjani (qui semble avoir le même besoin maladif qu’Alex de garder Carole à ses côtés), sont deux des trois éléments qui nous frappent le plus comme semblant perdus dans la translation d’un médium à un autre. Le troisième est la nature exacte de l’univers dans lequel évoluent ces personnages. S’agit-il de landes semi-réalistes, où tout le monde mène une vie ordinaire sauf les trois héroïnes qui nous intéressent et leurs ennemis ? Ou s’agit-il d’une John Wick-erie fantasque, bien définie, stylisée et hyper-hiérarchisée ? La présence d’un T4 invisible caché au milieu d’un joli bois tend à nous faire croire qu’il s’agit même d’une Men In Black-erie, d’autant plus qu’Alex cherche à venger son lapin, comme Wick cherche à venger son chien. Cette planque de science-fiction est, cependant, la seule apparition techno-futuriste à ce point signalée.

Bourré de scènes d’actions honorables qui se suivent comme des perles sur un collier, et parfumé à la candeur d’une enfant qui a l’air de jouer avec ses figurines Action Woman, Voleuses est un long-métrage qui ne fera grandir personne, qui ne rendra plus fort personne, mais qui dépasse de loin en capital sympathie des effets référencés comparables dans les films de la bande à Fifi (30 jours max et sa suite, 3 jours max, dont l’affiche parodie celles des Mission : Impossible ; Comment je suis devenu super-héros, avec qui Voleuses partage un coscénariste : Cédric Anger). Se donnant la fraicheur et la pétillance de sa bêtise, Voleuses se permet même parfois d’être vicieux, quand le pragmatisme de fistfight d’Alex le justifie, et on l’en félicite. Certains trouveront sans doute qu’il s’agit d’un énième produit un peu dispensable de Netflix, qui ressemble à s’y méprendre à quelques Guy Ritchie récents. Soit. Ils n’auront pas nécessairement tort, mais l’équipe d’Il Était Une Fois Le Cinéma tend à saluer tout exemple de combats à poil, de Beowulf à Eastern Promises à The Northman à The Righteous Gemstones (la baston nue de Voleuses a probablement été filmée comme celle de cette dernière série, consulter cet article de Vulture).

 

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