Vie sauvage

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Mathieu Kassovitz en père courage devant la caméra trop timide de Cédric Kahn.

Ce qui embarrasse souvent devant les films de Cédric Kahn, c’est le constat d’un travail en général bien fait, patiemment structuré et correctement exécuté pour un ensemble qui, malgré tout, nous passe par-dessus la jambe. Si quelques-uns de ses films, peut-être un peu plus ambitieux, avaient su retenir l’attention (L’Ennui, 1998, puis Feux rouges, 2004), la majeure partie de sa filmographie se noie dans un magma d’indifférence. Renouant avec le fait divers après Roberto Succo (2001), Vie sauvage ne va probablement pas y changer grand-chose. Kahn retrace la vie de Xavier Fontin qui s’enfuie avec ses deux fils de six et sept ans car il n’avait pu en obtenir la garde. Ce qui devait ne durer que quelques semaines, le temps de faire infléchir la justice, se transforma en une vie clandestine d’une dizaine d’années.

Défaut déjà noté avec L’Avion (2005), Cédric Kahn semble incapable de filmer l’enfance sans un angélisme naïvement béat. Ici la vie de bohême et la cavale dans les bois à travers la France se changent à intervalles réguliers en émerveillement devant la nature. Comprenez l’école à la maison, c’est chiant, l’école de la vie, c’est mieux. Même chose plus tard autour d’une séquence de danse autour du feu de bois. Malgré une construction intéressante qui fonctionne comme un miroir inversé entre les deux parties du film (enfance/adolescence), Kahn ne parvient jamais réellement à trouver la bonne distance pour aborder son sujet, perclus par la volonté de ne pas arbitrairement juger ses personnages. L’ambition est louable, mais elle finit par transformer le film en course à la légitimation des réactions de chacun. Il ne s’agissait évidemment pas de fonctionner par antagonismes successifs, mais d’affirmer un parti pris qui n’est finalement pas présent. Comme souvent dans les films tirés de faits divers très récents (le père et les enfants ont été découverts en 2008), Vie sauvage donne l’impression de ne vouloir surtout vexer personne, d’avancer sur des œufs pour éviter l’erreur de jugement. Plutôt que de rendre hommage à la complexité des sentiments, cela ne fait qu’aseptiser le propos.

 

Vie sauvage se déroule comme un long fleuve tranquille où chacun voit son temps de parole respecté. D’autant plus que plus le temps avance, plus le film devient explicatif. Propos et sentiments sont alors limpides, mais rendent totalement inutile le déroulé de l’action. Ainsi, les crises successives, ayant été soigneusement mises à plat auparavant par la parole, n’offrent que peu d’intérêt. Etonnamment, le spectateur a toujours un coup d’avance sur le film et attend alors ce qui doit se passer après, ce qui n’a pas (encore) été minutieusement expliqué par un exposé en trois parties. Une centaines de minutes trop en retrait de leur sujet.

Titre original : Vie sauvage

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Durée : 106 mn


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