À Londres, Mike vit dans la rue, va de petits boulots en larcins, jusqu’au jour où il se fait incarcérer. À sa sortie de prison, aidé par les services sociaux, il tente de reprendre sa vie en main en combattant ses vieux démons.

Premier long-métrage comme auteur et réalisateur du comédien Harris Dickinson, Urchin manifeste d’évidentes qualités au niveau filmique et narratif. D’oursin (urchin), il n’en est finalement pas question ou de trace dans ce film, excepté lors de la scène où Mike, ayant purgé sa peine pour vol avec violence, offre un cactus à son assistante sociale ! Une réinsertion atypique, n’est-il pas ?
Urchin nous surprend à maintes reprises : nous nous attendons à un drame social façon Ken Loach, et nous passons de la comédie au romantisme, d’un certain réalisme au fantastique, à l’onirique. Notamment lorsque nous pénétrons à l’intérieur d’une bonde de douche dévoilant des êtres microscopiques avant d’atteindre une caverne féérique où la lumière point via une hauteur inatteignable. Microcosme et macrocosme, intérieur invisible pour d’aucuns à l’œil nu, et espace extérieur vaste et indécelable dans sa totalité : deux oppositions qui définissent le protagoniste. Un décalage entre une apparence sereine, et des pulsions cachées, une violence non maîtrisée que Mike tente de comprendre avec difficulté.

Une des multiples valeurs d’Urchin réside dans la galerie des personnages, sortis d’un univers hétérogène mais révélateur de la diversité de notre monde : un gérant d’hôtel humaniste, des junkies, des collègues amatrices de karaoké ou rêvant de créer un food truck, un violoniste de rue. Alternant avec ces instants poétiques, d’autres moments au montage brutal décrivant finalement le déni de notre antihéros face à sa violence latente, voire à sa dépression. Nous voyageons dans un univers où se côtoient Lewis Carroll, Hubert Selby Jr, Charles Bukowski, avec une touche satirique (les prédicateurs, ou la méthode de méditation positive).
Film où la personnalité du protagoniste demeure en définitive insaisissable, Urchin, par sa variété narrative, ses ruptures de tons, son filmage en travellings ébouriffants, sa diversité dans l’échelle des plans, et son casting de qualité, atteste d’une prometteuse filmographie d’un réalisateur dont nous attendons la prochaine histoire.





