Suite à la découverte d’une lettre de suicide, un enseignant se lance à la recherche de l’élève qui aurait pu l’écrire. Cette enquête le replonge dans son propre passé.
Premier long-métrage de Nick Cheuk, scénariste connu pour ses contributions à des films d’horreur ou des polars, Une Page après l’autre place dès sa scène initiale le spectateur dans un « entre-deux », une lecture double, oscillant entre onirisme et tragique. A cet effet, plusieurs récits, micro récits, et existences s’entremêlent, se répondent, se heurtent, pour n’en constituer quasiment plus qu’un. En premier lieu, un jeune enseignant, qui prend connaissance d’une lettre désespérée rédigée par l’un de ses élèves (du moins, il le pressent), décide d’identifier l’auteur de ce message afin de venir à son secours, tout en pansant ses propres blessures d’enfance exhumées de sa mémoire. Ensuite, un de ses étudiants, Vincent, se bat pour se défendre contre le harcèlement verbal et physique de ses « camarades » : portant un appareil auditif, il est surnommé « Van Gogh » par ses harceleurs. Enfin, et surtout, dans un contexte passé, nous assistons au quotidien pathétique d’un garçon d’environ 10 ans, Eli, qui subit les foudres paternelles et se confie par consolation dans un journal intime, son frère aîné (le professeur protagoniste du film) et sa mère le délaissant progressivement.

Une Page après l’autre alterne les scènes d’émotions, d’introspection, de joie fugace, de rêves, de regards, mais également de violences. La caméra, en grande majorité dynamique afin d’épouser les tensions et respirations des personnages, est soutenue par l’utilisation des flash-backs et des voix off, tandis que le montage, en échos, variations, et répétitions, assure subtilement l’unité des histoires, des temporalités, et des existences dont nous devenons les témoins. Des témoins tragiquement passifs, tels ces jeunes gens acteurs ou spectateurs des cruautés effectuées en milieu scolaire, ou des pressions sociales et familiales décrites ici avec un art consommé des ambiances : la photographie excelle dans ces situations de crises collectives ou individuelles. Chaque scène tisse ainsi un lien avec le passé et le présent du protagoniste comme ceux des autres personnages. Le cadrage, quelle que soit l’échelle de plan, n’omet aucun détail susceptible d’éclairer l’instant filmé. Par exemple, lorsque la mère d’Eli, au premier plan lors d’une séquence, assise sur un canapé, laisse son fils recevoir une correction paternelle, tournant ainsi le dos à cette violence quasi quotidienne.

Une autre qualité du film provient du jeu des acteurs dont la sensibilité ou la nervosité exacerbées s’adaptent à la psychologie tributaire des injonctions sociétales provoquant des dépressions infantiles. Néanmoins, ces moments de dissensions n’empêchent nullement l’apaisement, les rires, au-delà des tragédies passées ou à venir, voire la sublimation des traumatismes du professeur afin de mener une existence plus tempérée et d’espérer l’amour. Une Page après l’autre bénéficie donc de cette somme de talents et de qualités, même si la musique composée pour ce film s’impose parfois inutilement, telle une redondance de ce que nous voyons sur l’écran.
Film émouvant, riche en intensité, Une Page après l’autre expose deux générations dont les mal-être se confrontent au lieu de s’annuler, dans une société où la pression de la réussite étouffe les sensibilités.





