Une femme d’extérieur

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Que penser d’un tel film ?! Eludons les possibles références à Une femme sous influence et les caractéristiques de la réalisation, éléments certes intéressants mais qui n’expliqueront pas pourquoi Une femme d’extérieur fait partie de ces films profondément énervants, donnant l’impression que le cinéaste manipule le spectateur de manière vicieuse pour faire naître l’émotion. Tout […]

Que penser d’un tel film ?! Eludons les possibles références à Une femme sous influence et les caractéristiques de la réalisation, éléments certes intéressants mais qui n’expliqueront pas pourquoi Une femme d’extérieur fait partie de ces films profondément énervants, donnant l’impression que le cinéaste manipule le spectateur de manière vicieuse pour faire naître l’émotion. Tout le problème du film provient d’une seule et unique séquence qui, quand on revient après-coup sur l’intrigue, la rend incompréhensible. Il ne s’agit pas là d’une simple incohérence mais d’un contresens total et rédhibitoire.

Une femme d’extérieur dresse le portrait d’une mère de famille de trente-cinq ans, Françoise. Elle se sépare de son mari après quinze ans de mariage. Séparation difficile nécessitant un travail de deuil qu’elle ne parvient pas à assumer. Françoise perd progressivement ses repères, elle cesse d’aimer et de s’aimer, et devient un fantôme traversant tant bien que mal la vie. Elle arrête de se rendre à son travail, délaisse ses trois enfants, sort tard le soir, traîne dans les bars et multiplie les amants. La dramatique trajectoire de cette femme qui vit sans vraiment être vivante est à première vue émouvante, portée par une Agnès Jaoui formidable de justesse et de puissance (c’est ici son premier rôle principal).

La vie de Françoise ne semble ne plus faire sens. Le bonheur ? Elle n’y croit apparemment plus. Ses accès de colère se font de plus en plus nombreux, ses nuits agitées laissent place à des journées où elle se meut la plupart du temps hagarde, perdue dans un monde oppressant et sans issue. Sa descente aux enfers atteindra son paroxysme lors de son hospitalisation, où on apprend qu’elle est victime d’une pathologie névrotique.

Puis il y a ces dernières minutes qui démolissent littéralement tout le film. Chose incroyable, si l’on coupait le film avant ces derniers instants, il se révèlerait tout à fait prenant, le ton du cinéaste étant assez juste et l’histoire tragique de cette femme d’une intensité digne d’un très bon mélodrame. Une femme d’extérieur peut se targuer d’être un film unique, car rares sont ceux dont les ultimes séquences déterminent l’avis général que l’on peut porter.

Après son hospitalisation (passage éludé par le cinéaste), on voit Françoise sortir animée d’un autre état d’esprit. Fringante, souriante, la voix calme et posée, elle nous paraît aussi sûre d’elle qu’au début du film. Elle affirme à son mari qu’elle ne veut plus revivre avec lui (preuve qu’elle a terminé le travail de deuil qui s’imposait) : il lui a fait perdre son temps, l’empêchant de découvrir une autre vie.

Non, non et non. Les larmoyants derniers instants du films ne se content pas d’être faciles, ils sont incohérents et rendent le film tout simplement faux. Soit effectivement sa traversée du désert lui a permis de percevoir la vie sous un autre angle ; sa névrose aurait alors eu un effet cathartique, mais d’un elle ne peut pas le découvrir juste après avoir été internée à l’hôpital pour névrose, on suppose, aussi formidable soit-elle, qu’il lui faut un minimum de temps pour guérir, et de deux, si changement d’état d’esprit il y a eu, il ne peut avoir eu lieu que dans les murs de l’hôpital, or ces moments sont éludés par le cinéaste, erreur fatale qui démontre un manque flagrant de maîtrise du récit. Ou soit alors elle se trompe complètement : non, elle n’est pas heureuse, et elle rechutera juste après avoir quitté l’hôpital. Mais dans ce cas là, pourquoi nous l’avoir montré aussi sûre d’elle, comme au début du film, comme si rien ne s’était passé ? Il aurait fallu jouer sur les nuances, rendre le jeu de Jaoui plus fin et mettre en scène la séquence de manière plus subtile. En revenant sur l’intégralité du film, on a terriblement peur que le réalisateur ait essayé de nous « vendre » des émotions complètement artificielles en nous faisant croire à la descente aux enfers de sa protagoniste puis à une improbable « résurrection » instantanée.

Une femme d’extérieur dure 104 minutes. Jusqu’à la 101è minute, il laisse une très bonne impression. A la 104è, on est perplexe.

Titre original : Une femme d'extérieur

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Durée : 120 mn


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