Un violent désir de bonheur

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Une peinture un peu naïve mais poétique de la Révolution française.

Où en est l’utopie ?

Pour mieux comprendre ce film, il faut d’abord savoir que Clément Schneider prépare actuellement une thèse sur le thème des relations entre le cinéma et l’utopie. Après l’école Louis-Lumière et la Fémis, le jeune réalisateur a dirigé quelques longs et courts métrages, de fiction et documentaire, notamment Etudes pour un paysage amoureux qui l’avait révélé en 2013. C’était peut-être le brouillon de ce nouveau film qui entre de plain-pied dans l’utopie (u-topos au sens premier du terme, autrement dit un lieu qui n’existe pas et pourtant…) en proposant une nouvelle lecture de la Révolution française qui aurait pu être séduisante. Porté par le très beau Quentin Dolmaire, aux boucles à damner le Caravage, le film commence bien puis se perd lentement dans une utopie mal digérée. C’est très intéressant de bâtir une fiction autour d’un événement historique, c’est même quelquefois recommandé, mais il faut faire très attention aux clichés.

 

 

On ne peut pas plaire à tout le monde

On a sans cesse l’impression que le jeune réalisateur a peur de malmener qui que ce soit et, du coup, les soldats révolutionnaires ne sont pas si violents que ça – sauf deux qui se sont laissés emporter et ont coupé la tête d’un baron – , les moines sont loin d’être ceux de Tibérine et, cerise sur le gâteau, Marianne est noire, ce qui ne sera pas pour déplaire à tous ceux qui défendent les migrants et les sans papier. On se demande tout du long si le réalisateur veut plaire à tout et, si c’est le cas, c’est un peu gênant pour l’authenticité de son film. Alors, Un violent désir de bonheur est-il un énième film consensuel ? On pourrait le penser et c’est bien ce qui lui fait perdre en route tout le sel et la provocation que nous promettait le sujet qu’on peut déflorer sans problème vu que certains s’en chargeront avant nous. En 1792, au cœur de la Révolution française, des soldats réquisitionnent un couvent où vit le jeune moine Gabriel qui, peu à peu, va jeter sa gourme par-delà les moulins et s’engager comme soldat sous le nom de François. Il ne jette quand même pas son missel aux orties, mais s’adonnera quand même aux plaisirs de la chair auprès de Marianne, une femme noire assez plantureuse, mutique, qu’on suppose esclave affranchie.

 

 

De bonnes idées mais peut mieux faire

On voit où Clément Schneider est allé puiser ses idées, un peu de Sade – une pincée seulement -, du Jean-Jacques Rousseau, et beaucoup de Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, ça ne peut pas faire de mal. Certes, mais ça ne garantit pas de faire un bon film. On le sent pétri de bons sentiments, mais les sentiments ne font pas non plus le talent. Prendre une jeune femme noire en train de s’adonner aux joies d’Eros dans un pré avec un jeune séraphin à la blancheur de nacre, ça fait joli, une sorte de figure du yin et du yang, mais ce n’est pas très logique, ni même surréaliste. Ça ressemble à du Rohmer parfois, voudrait faire penser à du Godard avec les citations incises, et cependant cède un peu à la naïveté en choisissant des prénoms de personnages aussi connotés que Gabriel l’archange, François (d’Assise ?) à la jeunesse dissipée mais avec une foi inébranlable et Marianne, qu’on ne présente plus.

A faire un film sur le bonheur, il eût fallu plonger carrément dans l’hédonisme, et ne pas rester à la lisière du désir. C’est bien dommage, mais on sent toutefois une patte chez ce jeune réalisateur qui devrait tenter de mettre l’utopie à l’écran sans céder aux injonctions des sirènes de la pauvre pensée contemporaine. Il faudrait qu’il se trouve un style et que son cinéma n’emprunte plus rien aux autres. Faire un vrai film d’amour, avec ou sans Marianne Faithfull ou Patti Smith en fond sonore, mais avec son cœur car, comme il le dit si bien dans le dossier de presse du film : « Seul l’amour est véritablement révolutionnaire ».

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Durée : 75 mn


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