U2 3D

Article écrit par

Employant une nouvelle technique de composition 3D, le film-concert de U2 s’apparente bien plus à une opération commerciale qu’à un véritable travail artistique.

Depuis une quinzaine d’années, l’approche visuelle des concerts de U2 n’a cessé d’être à la pointe de la technologie moderne. On a pu voir à l’occasion du "Zoo TV Tour" (1992-1993) un dispositif complexe d’images vidéo et lors du "PopMart Tour" le plus grand écran à cristaux liquides jamais construit. La particularité de la dernière tournée du groupe irlandais ne réside pas tellement dans la mise en oeuvre des concerts eux-mêmes – qui pour une fois reste assez classique – mais dans le film qui en est tiré. U2 présente en effet le tout premier film numérique en trois dimensions.

Le relief est obtenu grâce à un nouveau procédé de lunettes, dit "lunettes actives", qui ne peut fonctionner qu’avec un système de projection numérique. Ceci explique en partie la raison pour laquelle un seul cinéma, en France, présente ce film aujourd’hui. La conception du procédé répond à deux exigences principales : il s’agit de supprimer les contours flous des images en 3D et surtout d’éviter que le spectateur ne sorte de la salle victime d’épouvantables migraines. De fait, le projet de U2 3D consiste à donner l’impression quasi physique d’assister au concert.

Il est vrai que le relief des images est saisissant, bien plus percutant que tout ce qui a été produit jusqu’ici. Le procédé accentue un certain nombre de détails, les effets de volume en particulier, que les anciennes images en 3D ne parvenaient pas à fournir. Le public et les membres du groupe ne semblent pas seulement se détacher de l’arrière-plan mais apparaissent comme s’ils étaient réellement là.

Si l’effet est captivant, le film, quant à lui, risque de décevoir. Owens et Pellington, les réalisateurs du film, peinent en effet à mettre en œuvre le potentiel que la technique leur propose. Il est surprenant de constater que, contrairement aux films 3D plus traditionnels, la plupart des plans ne jouent pas vraiment de l’impression de relief. Les mouvements sont exclusivement latéraux, rien ni personne n’avance vers la caméra. La technique semble simplement se greffer aux images du film à la manière d’une plus-value, d’une valeur rajoutée. Bizarrement, l’essentiel du spectacle est enregistré selon les codes classiques du film de concert. De fait, les fondus enchaînés et les mouvements de caméra dans la foule ne paraissent pas à leur place face à la technologie 3D. Le film abonde également de plans d’ensemble qui diluent l’impression de relief. A l’exception des plans rapprochés des membres du groupe sur scène, les images de U2 3D souffrent donc d’un cruel manque de consistance visuelle.

Impossible de suivre Sandy Climan, l’un des producteurs du film, lorsqu’il affirme que U2 3D est "une nouvelle expérience cinématographique". Un seul passage, en réalité, peut faire écho à ces propos. Des mots, des figures et des bandes de couleurs se superposent aux images accompagnant le morceau The Fly et créent un impressionnant feu d’artifice. Le simple rendu réaliste du 3D est ici supplanté par quelque chose de plus expérimental, un véritable travail sur les images. Ainsi, une question se pose : pourquoi ne pas avoir réalisé l’ensemble du concert dans cette optique ?

Titre original : U2 3D

Réalisateur :

Acteurs :

Année :

Genre :

Durée : 90 mn


Partager:

Twitter Facebook

Lire aussi

La ragazza di Bube : une leçon d’humanité

La ragazza di Bube : une leçon d’humanité

Dans l’arrière-pays toscan à peine libéré du joug fasciste, un lien indéfectible se noue entre le jeune partisan Arturo dit  » Bube » , le vengeur, et Mara, jeune sauvageonne en mal d’amour. Dans les convulsions et les remous politiques de l’ immédiat après-guerre, Luigi Comencini filme le passage à l’âge adulte de la jeune paysanne immature. Ballotée par des événements qui la dépassent, elle prend brusquement conscience de sa nature profonde. C’est aux côtés du maquisard qu’elle va forger une expérience désabusée de la vie. Relecture actualisée..

Nuit et Brouillard ou comment convoquer l’indicible

Nuit et Brouillard ou comment convoquer l’indicible

A revoir « Nuit et brouillard », le documentaire d’Alain Resnais nous plonge dans une sidération honteuse. Les images de déshumanisation génocidaire hantent sans répit notre mémoire et convoquent notre mauvaise conscience collective. Elles sont le contrepoint du plaidoyer élégiaque en faveur d’une paix universelle que sous-tend la sublime prose littéraire de Jean Cayrol, écrivain-poète et résistant déporté à Mauthausen en 1942. Le présent des ruines et de désolation est le pendant d’un passé tragique qu’il s’agit de raviver douloureusement pour le tirer de l’oubli terminal. Dix ans après la découverte de l’ampleur victimaire de la « solution finale » sciemment élaborée par les dignitaires nazis, la mobilité contemplative des travellings parcourant les vestiges de la machine concentrationnaire vient contrebalancer la stase des charniers de cadavres amoncelés ad nauseam et déblayés par les bulldozers dans un précipité hallucinant. Relecture de ce documentaire fondateur à l’aune de notre regard rétrospectif contemporain..