Tunnel

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Un homme se retrouve, seul, prisonnier dans un tunnel et malheureusement le récit s’enlise aussi.

Sur l’autoroute qui le conduit à l’anniversaire de sa fille, Jung-Soo est victime de l’effondrement d’un tunnel. Prisonnier des décombres, l’homme doit tenter de survivre en attendant la fin de la laborieuse opération de sauvetage. Si Tunnel commence comme un pur film catastrophe, le réalisateur coréen Kim Seong-hun délaisse très rapidement la dimension spectaculaire du sujet pour se focaliser sur les enjeux humains et sociaux d’un tel drame. L’homme ordinaire qui doit lutter seul tandis que les politiciens et les grandes entreprises de son pays font preuve d’une inefficacité confondante, pendant que la presse ne peut que se délecter d’une telle aubaine : le sujet n’est pas sans rappeler Le Gouffre aux chimères (Billy Wilder, 1951) dans lequel le personnage du journaliste déclarait « Cent, deux cents, mille victimes, les gens s’en lassent vite. Une seule, en revanche, les bouleverse. L’effet humain joue à plein. » Oui, mais il faut également savoir enrichir et renouveler ses effets, serions-nous tenter d’ajouter à la sortie de ce trop long et trop répétitif Tunnel.

 

Un mythe se fissure

L’effondrement du tunnel, inauguré seulement quelques jours auparavant, résonne bien évidemment comme la métaphore d’une société coréenne qui ne cesse de se développer à vitesse grand V sans avoir préalablement mesuré les risques. Décidemment, après Dernier train pour Busan, (Sang- ho Yeon, 2016), on mesure de nouveau les problèmes logistiques que peuvent causer les récentes infrastructures de transport coréennes. Ici, l’enquête révèle de nombreuses négligences au niveau technique, dont notamment un plan incomplet qui va multiplier par deux la durée de l’opération. Kim Seong-hun ne manque pas d’égratigner la prétendue indépendance technologique de son pays : les drones sont bloqués dès le premier obstacle rencontré et pour obtenir du matériel plus sophistiqué il faut encore passer commande aux USA, les ingénieurs sont empruntés, la ministre dépassée… Dans ce petit jeu de massacre, seule la batterie de la célèbre marque de smartphone coréenne tiendra admirablement la distance. Les vertus disciplinaires de la bonne éducation coréenne volent rapidement en éclat lorsqu’il s’agit de préserver ses propres intérêts, que ce soit pour la presse ou pour les investisseurs. La victime principale de ce drame est un cadre moyen, commercial automobile, dont le bon sens s’avèrera beaucoup plus efficace que la mobilisation désorganisée de ce nouveau grand pays industrialisé.


Seul sous terre

Parfois bienvenu, cet arrière plan mesurément caustique ne parvient néanmoins pas à sauver un ouvrage insuffisamment façonné. Une fois les enjeux du drame installés, le survival manque cruellement d’intérêts. Rester à l’abri, économiser l’eau, se nourrir de croquettes pour animaux, rien de déroutant et d’affolant dans les situations qui nous sont exposées. Les scènes apparaissent répétitives, que ce soit à l’intérieur où à l’extérieur du tunnel où le manque d’épaisseur des personnages secondairesne parviennet pas à susciter notre intérêt. Prendre son mal en patience en espérant un dénouement rapide : l’ennui du prisonnier devient aussi le nôtre. Le scénario de Tunnel patine, là où celui de Ridley Scott dans Seul sur Mars (2015) réussissait à rebondir allégrement dans un cas de figure similaire. Kim Seong-hun joue alors la carte du drame émotionnel. Le souterrain dévasté abrite également une jeune et fragile jeune femme, accompagnée de son chien, qui vont, bien entendu, réveiller la bienveillance du héros. La probabilité d’une issue tragique s’accentuant, il devient bien trop facile de larmoyer sur une famille brisée par le drame, et de louer ensuite les vertus salvatrices de l’espoir. Trop propre, trop sage, ce Tunnel mérite, assez paradoxalement dans le cinéma coréen souvent déjanté, les mêmes reproches justifiés que l’on adresse à un grand nombre de productions mainstream hollywoodiennes.

  

Titre original : Teo-neol

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Durée : 126 mn


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