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The Grand Budapest Hotel

Article écrit par

Wes Anderson déploie sa richesse visuelle sur trois époques, dans une Europe à l’aube de la Seconde Guerre Mondiale.

"Il a su entretenir l’illusion avec une grâce merveilleuse"
Mr. Mustafa (F. Murray Abraham)

A bien chercher quelles fleurs on pourrait encore bien lancer à Wes Anderson après avoir vu son huitième long métrage, on imagine qu’il y a aura cette nouvelle dimension, touche de gravité dans l’univers de fanfreluches : l’entrée, minimale, de son cinéma dans l’Histoire. Déjà, le film est dédicacé à l’écrivain autrichien Stefan Zweig, en raison certainement de l’inquiétude qui caractérisa l’auteur lors de la montée du nazisme, le poussant à quitter son pays pour Londres en 1934.

Ainsi Wes Anderson décide, pour narrer les aventures d’un maitre d’hôtel légèrement escort et de son lobby boy, de s’installer dans l’Europe à trois époques différentes, aux alentours d’un rougeoyant hôtel de luxe planté dans une station thermale. Si l’établissement porte le nom d’une ville existante, les nouvelles aventures de l’Américain prennent place dans un pays imaginaire, Zubrowka. Ainsi l’univers chatoyant, costumier et rythmé du cinéaste effectue donc quelques rencontres avec la grande Histoire. Le train emportant le héros et son assistant, jeune réfugié d’un pays en guerre aux papiers périmés, est par deux fois arrêté par des policiers zélés. PLus loin, un homme de main brutal sent le nazi à plein nez. Jusqu’au moment où en fin de film, l’état major réquisitionne l’hôtel aux premières heures de la guerre.

 

 
 
Il va sans dire que cette soudaine attention pour un contexte chez le cinéaste n’a rien de sérieux. Contrairement à ce que d’aucuns pensent, on sent plus l’amour des bâtiments Art Déco et le goût des paires de ski en bois chez Anderson que l’ambition de filmer la peur de la guerre. Il est plutôt question chez lui de la conscience chez ses personnages du temps qui passe, et de l’effet terrible sur leurs cœurs.
Ainsi, l’amitié qui lia les deux héros, le maitre Gustave H, et le jeune Zero Mustapha, devient avec le temps un récit onctueux, chargé d’honneur et de grandiloquence, à travers le prisme des souvenirs et de l’émotion de l’ancien apprenti. Quant au personnage de Gustave H, excellemment porté par Ralph Fiennes, il est le marqueur d’une époque plus sensible que le décorum qui l’entoure. Symbole absolu de la nostalgie et d’une époque révolue, le serviteur adepte de ses maitresses, qui pousse la distinction jusqu’à réciter des poèmes en pleine courses-poursuites, est un homme du passé, de ceux qui donnent envie qu’on fasse revenir à soi les temps lointains. Wes Anderson crée un hôtel et des aventures en son honneur, en amoureux des vieux dandys qu’il est.
 

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