The Bride!

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The Bride!: critique d’une relecture frankensteinisée.

Après une post-production tumultueuse et plusieurs reshoots coûteux, la revisite du mythe de Mary Shelly par Maggie Gyllenhaall est dans les salles obscures depuis mercredi dernier. Son nom : The Bride! Doté d’un budget confortable de 80 millions de dollars (hors frais marketing) et d’un casting prestigieux (Jessie Buckley et Christian Bale en tête), cette adaptation avait toutes les cartes en mains pour offrir un divertissement aussi grandiose que loufoque. On avait envie d’y croire mais malheureusement le résultat n’est pas à la hauteur des attentes. Attention : légers spoilers.

Il ne faut pas longtemps à The Bride! pour nous perdre dans son récit. Le film s’ouvre sur le cabotinage d’une fausse Mary Shelly fantomatique et bien trop bavarde. S’ensuit une mise en place confuse, inutilement poussive, quand elle ne frôle pas la gêne, disons-le clairement. Au milieu de cette installation fébrile, survit une direction artistique soignée ainsi qu’une mise en scène énergique renforcée par un découpage organique (une chute d’escaliers magistralement composée). À l’instant où le générique de fin se lance, ces premières minutes apparaissent d’autant plus comme un échantillon du bordel à venir. Le constat est clair : le film de Maggie Guyllenhaal manque d’une narration solide qui n’égale jamais sa réussite technique.

Enclin à la solitude, Frankenstein décide de faire appel au Dr. Euphronious qui accepte de lui créer une fiancée à partir du cadavre d’Ida, une jeune femme tuée par la mafia et possédée par l’esprit vengeur de Shelly. Avec ce postulat de base, un boulevard de thématiques s’offrait à la réalisatrice : l’appropriation du corps féminin, l’idée de consentement et l’émancipation psychique. Pourtant, ces idées ne seront qu’effleurées et le film ne portera jamais cette voix féministe qu’il se vante d’hurler.

Afin de garder sa fiancée à ses côtés, Frankenstein est forcé de lui inventer un passé, un passé dont il doit faire partie. C’est en soi un jeu de manipulation fort intéressant qui questionne l’individualité même d’Ida et la moralité de son prétendant mari, toujours bienveillant dans ses approches. La relation entre les deux amants n’en devient que plus toxique et ambiguë. Pourtant, rares sont les moments où ce cœur dramatique est disséqué. Ni le poids du mensonge, ni les révélations n’ont le moindre impact, qu’il soit émotionnel chez le spectateur ou évolutif dans l’histoire. L’affaire est réglée en quelques séquences simplistes et mal écrites, retirant le moindre intérêt à cet amour passionnel.

Il est évident que The Bride! souffre de ses réécritures. En témoigne l’usage des personnages secondaires relégués au rang de figurants de luxe. Le duo de policiers ne semble là que pour apporter un semblant de fil rouge à un récit qui avance à l’aveugle ; tandis que les antagonistes, si vous parvenez à les identifier, n’ajoutent qu’une ou deux péripéties paresseuses. Du côté de la structure narrative, l’entreprise ne peut cacher son agonie. Les deux amants avancent sans but, leur parcours n’est pas clairement exprimé, et l’évolution de leur relation est tantôt inexpliquée, tantôt artificielle. Pour ce qui est du pseudo mouvement révolutionnaire engendré par les agissements d’Ida, on ressent clairement l’influence du Joker de Todd Phillips, sans la consistance qui va avec. Elle n’est présente que pour dissimuler l’absence totale d’enjeux et ne provoque aucun bousculement important.

Le film est sans cesse cisaillé entre l’étrangeté de son atmosphère et ce besoin vital de cohérence, donnant cette impression d’un assemblage de pièces difformes. Au travers de ce fourre-tout, il est facile d’observer la bataille qui s’est déroulée sur le banc de montage entre la vision de Maggie Gyllenhaall et les exigences de la Warner., forcément effrayée par la tournure que prenait son nouveau joujou. Car oui, même si The Bride! réserve quelques morceaux de cinéma assez déconcertants, des espèces de parenthèses hors du temps, les choix de la réalisatrice ne parviennent jamais vraiment à épouser cette démence inhérente au projet. L’exemple le plus frappant reste la séquence de danse improvisée et déchaînée, brillamment mise en scène, qui se voit gâchée par un choix musical complètement à côté de la plaque, surtout lorsque l’on observe la frénésie du montage. Et ce ne sont pas les compositions endormies de Hildur Guðnadóttir qui vont remonter la pente (Nicholas Britell aurait brillé ici).

The Bride! a ça de frustrant qu’il est interprété par un duo de comédiens talentueux. Jessie Buckley sort de son épingle du jeu dès qu’il s’agit de lever le voile sur la fragilité de son personnage, et on s’attache à la naïveté du Frankenstein de Christian Bale qui surligne d’autant plus ses excès de brutalité toujours justifiés. Maggie a su dépasser la monstruosité initiale de ses protagonistes afin d’en extraire toute l’humanité. Et c’est bien l’une des seules choses qu’on peut saluer, si ce n’est son indéniable prise de risque. Il est simple d’observer plusieurs similitudes entre son travail et celui de Craig Gillespie sur le Cruella de Disney. Certes, celui-ci est plus grand public dans son approche, mais il construit un univers clairement plus palpable, cohérent, et tout aussi passionnant. L’audace n’excuse pas tout.

Cette fusion entre Joker et Cruella avait les ambitions pour tout exploser. Il ne lui manquait plus qu’un scénario solide et une réelle maîtrise de son approche chaotique.

Titre original : The Bride!

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Durée : 127 mn


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