Queerpanorama

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Tuto : comment faire un film de 90 minutes avec une seule scène ?

Sur le papier, le scénario de Queerpanorama avait de quoi intriguer : un jeune homme qui, afin de mieux comprendre qui il est réellement, enchaîne les aventures d’un soir avec d’autres hommes à Hong Kong. Et le pari aurait pu être réussi si le film ne s’était pas limité à ce simple synopsis car pendant une heure et demie, on passe d’un appartement et d’un homme à un autre sans que le film ne réponde jamais pleinement aux questions qu’il pose. Li Jun ne semble qu’effleurer son sujet sans jamais le développer en profondeur, ce qui confère au film certes une beauté sur le plan visuel mais qui ne peut combler le vide laissé par l’absence d’enjeu dramatique.

Le choix de mise en scène promettait pourtant une expérience unique : Honk Kong, mégalopole immense et colorée où les gratte-ciels cohabitent avec les montagnes, est ici filmée en noir et blanc, comme si la ville avait pris le dessus sur la nature et en avait effacé les couleurs. Cette composition originale révèle tout son potentiel grâce à la photographie soignée de Ho Yuf-fai, confirmant au passage la qualité esthétique du noir et blanc pour filmer de grandes villes. Cependant, Li Jun ne semble faire reposer les qualités de son film que sur son aspect visuel car en effet, niveau action, on attend sans cesse que le film commence, que le protagoniste nous soit introduit autrement qu’avec ses conquêtes, qu’on puisse le connaître intimement et malheureusement, on reste constamment sur la touche.

Car en réalité, le protagoniste ne s’assume pas lui-même : à chaque nouvelle rencontre, il ne fait qu’endosser la personnalité de l’amant précédent, se faisant passer tour à tour pour un professeur d’école et un chercheur en science moléculaire. Qu’il soit crédité sous le simple nom de « Je » renforce sa solitude et son enfermement intérieur : il se cache aux yeux du monde qui l’entoure… et du spectateur. Malheureusement, il n’y a pas que l’identité du personnage qui demeure un mystère, son objectif aussi : il semble errer dans la ville, traversant les scènes avec le même détachement, comme s’il se retrouvait spectateur du film dont il est pourtant le personnage principal. L’histoire se retrouve alors à la dérive, sans véritable fil moteur pour la guider, ce qui oblige le réalisateur à répéter le même schéma en continu : rencontre avec un nouvel homme, acte d’amour et discussion sur la vie. Bien qu’intéressant, cet arc narratif ne fonctionne qu’une seule fois et finit donc par lasser jusqu’au générique de fin, qui nous laisse avec un étrange sentiment d’inachevé et de « non commencé » en même temps.

Pour Li Jun, le thème de la sexualité ne semble être qu’un élément scénaristique qu’il peut décliner sous plusieurs formes, l’ennui c’est qu’il ne cherche même pas à lui donner de la profondeur : les aventures d’un soir s’enchaînent sans qu’aucune ne vienne bouleverser le déroulement de l’intrigue (si tant est qu’il y en ait vraiment une). Il aurait été intéressant de voir comment cette dépendance au sexe affecte la vie du protagoniste et altère sa vision du monde et des relations, comme l’a fait Steve McQueen dans Shame (2011) : l’addiction de Brandon (Michael Fassbender) y est montrée non pas comme un prétexte pour faire avancer l’histoire, mais comme faisant partie intégrante de sa personnalité auto-destructrice. Ici, on a l’impression que « Je » se contente d’additionner les amants pour éviter d’avoir à affronter celui qu’il est réellement, au risque de perdre le spectateur en cours de route.

Donc oui, Queerpanorama aurait pu être une bonne découverte si le film ne s’en était pas tenu qu’à son synopsis et avait pris la peine de développer les sujets abordés, mais au lieu de ça, le réalisateur a opté pour le choix de la paresse et décidé de décliner la même scène sur une heure et demie. Ce cercle vicieux dans lequel le public est enfermé est même ironiquement symbolisé par le dernier plan du film, alors que « Je », monté sur son vélo, tourne en rond dans le couloir d’un immeuble. Cette fin résume bien à elle seule le film : une répétition incessante d’où n’émane aucune surprise.

Queerpanorama

Titre original : Zhòngs hēng xiàng

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Durée : 87 mn


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