Qu’as-tu fait à la guerre, papa ? Sortie Blu-ray chez Rimini Editions.

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Insatiable orfèvre de la pagaille, Blake Edwards dynamite le film de guerre

1943, les troupes américaines fraichement débarquées en Italie font du petit village de Valerno un enjeu stratégique majeur. Mais pour le conquérir,  le général en chef ne dispose qu’une d’une troupe de valeureux mais peu disciplinés soldats. Une fois sur place, l’escouade dirigée par le naïf néo-capitaine Cash doit seulement accepter de participer à une grande fête pour obtenir la réédition des troupes italiennes. Au sein d’une filmographie qui, pour ne pas tous les citer, peut s’enorgueillir de bijoux tels que Diamants sur Canapé (1961), la série des Panthère Rose, le splendide Victor, Victoria (1982), Qu’as-tu fait à la guerre, papa ? est, au même titre que Deux hommes dans l’Ouest (1971) dans un tout autre registrele plus souvent oublié au moment de chanter les louanges du génialissime Blake Edwards.

Si La Party, qui sera réalisée deux ans plus tard, simpose comme un chef-d’œuvre absolu du burlesque hollywoodien,  Qu’as-tu fait à la guerre, papa ? prend la forme d’un galop d’essai qui tutoie déjà les sommets du genre.  Edwards aux mains d’argent possède le pouvoir de créer et maitriser la pagaille comme nul autre réalisateur. Première étape, l’exposition d’une charpente apparemment inébranlable, chapeautée par une hiérarchie à l’autorité incontestable -ici, les hauts gradés, les pontes des studios dans La Party. Très rapidement, dès l’ouverture, le cadre rigide est menacé par un parachuté, le béotien capitaine Cash (Dick Shawn), malheureux de l’être, mais obstiné dans sa mission. Par la suite la seule chose que l’on peut prévoir, c’est que l’imprévisible mènera la danse. Blake Edwards plongent ses personnages dans une marmite alcoolisée en constante ébullition. Ce qui n’est pas pour leur déplaire car c’est open-bar à tous les étages, du troufion aux plus hauts gradés, hommes et les femmes, quel que soit son camp. « La guerre est une fête où gagne celui qui crie le plus fort » annonce Oppo, le capitaine italien, lors du premier échange avec le capitaine des forces adverses.

 

La fiesta n’a pas de limites, comme on s’en délectera également par la suite dans La Party, S.O.B (1981), Boire et déboires (1987)….. Héritier du burlesque, slapsticks en cascade et/ou corps à corps langoureux Black Edwards multiplient  les espaces – chambres, cuisines, couloirs…- où des personnages dont on ne sait pas toujours d’où ils sortent, gesticulent à l’envie. Chaque séquence est savamment désorganisée en plusieurs dimensions : premier plan et arrière-plan aussi fournis, idem sur les côtés quand ils restent le moindre espace de libre. Impossible de tout percevoir à vitesse réelle, nécessitant de revoir plusieurs fois les scènes pour tout apprécier. Les réveils houleux – le calme avant la nouvelle tempête- , lointain détournement comique du radeau de la méduse. Seul petit bémol, des personnages principaux insuffisament percutants. En sage garçon, submergé par les événements et se décoinçant progressivement, Dick Shawn a beau rappeler par ses traits l’inénarrable Jack Lemmon, il est loin d’en posséder le mordant et l’aspect abrasif. James Coburn dans le rôle d’un Lieutenant la débrouille impose sa coolitude mais reste dans sa réserve.

D’aucuns prêteront à cette farce une visée anti-militariste. Une dénonciation par l’absurde ayant influencé le M.A.S.H. de Robert Altman (1970). Probablement, comme un feu vert pour la débandade organisée. Mais ici, nulle trace de cynisme. La perte de contrôle n’est pas un exutoire face aux horreurs de la guerre mais un moyen de  briser les tabous. Comme quelques années plus tard  dans Victor Victoria.. alcool, sexe libre, travestissements : larguez les amarres, soyez vous-mêmes, ce quelqu’un d’autre qui ne demande qu’à prendre son envol. Le lâcher-prise, dénominateur commun avec Billy Wilder, un de ses inspirateurs. Comment résister à une telle injonction.

Qu’as-tu fait à la guerre, papa ? Sortie Blu-ray chez Rimini Editions.

 

 

 

 

 

 

 

Titre original : What Did You Do in the War, Daddy?

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Durée : 116 mn


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