Pour Klára

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Non dénué de mystère, ce coming-of-age se singularise et s’apprécie par son ouverture d’esprit.

En instance de séparation, David offre un séjour balnéaire réparateur à son fils Téo et surtout à sa fille Klára, cette dernière étant en pleine période anorexique. Malgré tous ces efforts rien ne semble pouvoir redonner l’appétit et le sourire à l’adolescente… jusqu’à sa rencontre avec Denis, un adonis local.

Véritable marronnier scénaristique, la communication délicate entre un parent et son enfant en pleine crise d’adolescence nous a offert de beaux succès publics, un des derniers en date étant After Sun de Charlotte Wells (2023) avec lequel Pour Klára partage le même triptyque : Sea, Sex and  Sun. Fort heureusement, le parcours proposé par Olmo Omerzu sort avec sagacité des sentiers battus du genre. Le cadre et les enjeux sont très intelligemment posés grâce, notamment, à un très efficient sens du découpage : les scènes de dispute, de mutisme de l’héroïne, les rares moments – parfois forcés – de bonheur familial, sont aussi brèves qu’explicites. L’éveil à la sexualité repose également sur la même économie narrative. Qui plus est le sujet est abordé frontalement, sans fausse pudeur, mais aussi sans visée provocatrice, à l’exemple de la scène nocturne où Téo et Klára intrigués par des gémissements masculins et féminins s’approchent de la tente originelle.

Assez souvent à mi-distance des personnages, la caméra n’hésite pas à s’éloigner encore d’avantage pour solliciter notre libre arbitre. Où allons-nous diriger notre regard sur la plage de nudistes ?  Que penser de Klára, quasiment enfouie sous le sable – en maillot de bain, alors que c’est elle qui a insisté pour y venir- de son père dénudé mais gêné, du fils perdu au milieu de cet univers si étrange pour lui ?

Dans d’autres occasions, notamment lors de scènes nocturnes, l’usage des focales moyennes auxquels s’ajoutent des obstacles visuels diffusent une impression de mystère, qui sans se vouloir génératrice de véritables tensions, n’en est pas moins troublante. Un sentiment de danger plane en quasi permanence. Point d’orgue : l’assassinat du père de Denis, dont ce dernier se voit accusé. S’ébauche une intrigue policière qui restera sans résolution, non pas pour entretenir un quelconque suspens mais pour laisser ouvert le champ des possibles. D’une façon beaucoup plus large, Olmo Omerzu se déleste de toute prérogative omnisciente lorsqu’il aborde des dilemmes ontologiques comme le recours au mensonge et les limites de l’intrusion des parents dans la vie privée de leurs enfants.

En laissant les différents points de vue s’exprimer sans parti pris se révèle progressivement la psychologie complexe des personnages. Leur évolution plus pragmatique qu’idéologique nous place en permanence devant notre propre miroir. Qu’aurions nous fait à leur place ? Cette question utilisée comme élément promotionnel du film n’est pas un leurre. Ce portrait de famille troublant de réalisme doit également beaucoup à la qualité de l’interprétation.  Barry Ward – aux airs de Robert de Niro de sa belle époque, avant d’être perclus de mimiques -, en père de famille à la force tranquille, Dexter Franc, acteur transsexuel, qui apporte tout son ambiguïté dans la peau de Klara. Sur un sujet dont on pouvait craindre de connaître par avance tous les tenants et les aboutissants, Pour Klára ouvre de riches perspectives, notamment sur la suite de la carrière de Olmo Omerzu.

Note : 3,5/5

Titre original : Nevděčné bytosti

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Durée : 110 mn


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