Treize ans, six saisons et trente-six épisodes plus tard, Tommy Shelby est enfin revenu ! Dans cet ultime acte de la saga criminelle de la famille de Birmingham, le « Rom Baro » (roi des romanis) en exil doit se confronter à l’héritage qu’il a laissé entre les mains de son premier fils Duke (Barry Keoghan) alors que la Seconde Guerre mondiale a déjà commencé à ravager les villes d’Angleterre. On retrouve bien tous les ingrédients qui ont fait de la série de Steven Knight le phénomène planétaire qu’elle est aujourd’hui : le monde du crime organisé dans une Angleterre en constante évolution, des personnages hauts en couleur, une garde-robe immédiatement reconnaissable, une BO d’enfer… . Tout était réuni pour offrir un final parfait au leader des Peaky Blinders et pourtant, il a manqué quelque chose.

Pourtant, malgré les quatre années écoulées entre la sixième saison de la série et la sortie du film, force est de constater que Cillian Murphy n’a rien perdu du charisme et de l’aura emblématique qui caractérise celui qui restera, sans doute, son plus grand personnage. On découvre un Tommy Shelby plus que jamais hanté par ses démons, tentant de les exorciser avec la seule arme qui lui reste : l’écriture. Pendant ce temps, alors que le Blitz fait rage à Birmingham, son fils a repris les rennes du gang qu’il dirige, selon les terme d’Ada (Sophie Rundle), « comme si on était de nouveau en 1919 ». C’était comme si l’histoire des Blinders était fatalement vouée à se répéter, comme une malédiction doublée d’une impossibilité de s’élever au-dessus des classes supérieures, ce que Tommy avait pourtant réussi à faire mais au prix de nombreux sacrifices. Ainsi, il faut attendre un certain temps (presque une heure) avant que le leader exilé ne renfile sa caquette pour venir affronter son ultime adversaire qui, après Sam Neil et Adrien Brody entre autres, prend les traits de Tim Roth, lequel va tenter d’utiliser Duke afin de plomber l’économie de la Grande-Bretagne et offrir la victoire à l’Allemagne nazie.
On note également le retour des fidèles alliés de Tommy, présents depuis la toute première saison : sa sœur Ada, son oncle Charlie ainsi que ses fidèles hommes de mains, Curly et Johnny Dogs, lequel informe occasionnellement le Rom Baro de la situation générale. Cependant, les fans de la première heure seront sans doute déçus du traitement expéditif, voire inexistant accordés à certains protagonistes qui avaient également participé à créer l’âme de la série originale. Certains choix scénaristiques sonnent ainsi faux et entrent en contradiction avec ce qui a été raconté jusqu’à présent, comme s’ils allaient à l’encontre de la personnalité de Tommy Shelby qui, malgré les difficultés, a toujours placé sa famille avant tout le reste, à commencer par lui-même. L’union père-fils pour arrêter le complot nazi apparaît dès lors comme la réparation de ses nombreux pêchés, un ultime acte de courage qui décidera de l’avenir du pays et scellera le sien à jamais. Cependant, tout cela va trop vite, comme si Tom Harper (qui a travaillé sur la série) avait voulu concentrer toute l’énergie d’une saison dans un long-métrage de moins de deux heures : résultat, la dramaturgie est survolée mais l’impact émotionnel reste fort, tout en étant inattendu.

Dès lors, quel avenir pour les Peaky Blinders ? Telle est la question qu’on se pose au défilé du générique de fin, alors que les souvenirs de la famille Shelby nous reviennent tous en même temps et donnent à ce final une note douce amère, pas exactement celle que nous avions espéré mais celle qui définira l’avenir du clan puisqu’une nouvelle série, située dans les années 1950, est déjà en cours de production. Même si L’Immortel offre une conclusion convenable à l’arc de Tommy Shelby, il peine à se hisser au niveau de la série dont les caractéristiques sont entrés pour toujours dans la culture populaire. Au final, on ne peut donc ne pas ressentir une profonde gratitude pour tous les instants passés au sein de la famille la plus « rock’n roll » de l’histoire des séries.





