Select Page

Paupières bleues

Article écrit par

Lorsqu’elle gagne un voyage pour deux dans un endroit paradisiaque, Marina réalise qu’elle n’a personne avec qui le partager. Elle décide d’inviter Victor, un parfait inconnu. Ensemble, ils vont découvrir que pour tomber amoureux, les scénarios idylliques et les situations parfaites ne suffisent pas. Les paupières bleues, sous ces aspects de romance impossible, se révèle […]

Lorsqu’elle gagne un voyage pour deux dans un endroit paradisiaque, Marina réalise qu’elle n’a personne avec qui le partager. Elle décide d’inviter Victor, un parfait inconnu. Ensemble, ils vont découvrir que pour tomber amoureux, les scénarios idylliques et les situations parfaites ne suffisent pas.

Les paupières bleues, sous ces aspects de romance impossible, se révèle bien plus profond et cynique. Ce premier long-métrage s’efforce de décrire un pan de notre société nauséabonde, contaminée par le matérialisme et l’individualisme. Contamination qui se répercute sur l’homme, contraint de se référer au bonheur-jetable, accessible par l’intermédiaire de l’autre, outil de nos propres fins. Le film de Ernesto Contreras est un pamphlet contre un idéal d’amour et de société, un regard juste où chaque être se cache derrière des intérêts et où tout n’est qu’illusion.

S’immergeant au cœur de la romance, le réalisateur s’amuse avec les scènes-clés et clichés de ce genre pour mieux les détruire de l’intérieur. Au premier abord, on aurait pu penser à une histoire Amour Gloire et Beauté se finissant par un gentil Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants. Tout y était : une femme de ménage traîne-misère, un patron généreux en guise de bonne samaritaine et le bonheur promis : croisière pour deux personnes ; c’est-à-dire rencontre puis voyage avec l’homme idéal. En réalité, derrière cela se trouve le désespoir, la triste réalité que tout n’est qu’illusion, et la solitude. La dualité du message se révèle dans les codes subtilement détournés. Sans outrance ni artifices, le réalisateur parvient à brouiller le spectateur entre amour et trahison, égoïsme et partage ; illusion et réalité. On devient alors réactif à chaque image, explorant les moindres indices du jeu. Loin d’ennuyer, les personnages nous captent aussi par leur double personnalité. Allégorie du faux et du vil d’abord, mais finalement de la solitude et de la maladresse, ils cherchent un moyen de vivre heureux dans l’alchimie qui rend la vie un conte de fée. Chaque image est double, joue sur son identité et son ambivalence. Intelligemment construit, le film se révèle complexe car à double sens et l’intensité du message n’est que décuplée. Un imbroglio se mêle dans les images et les personnages, qui nous surprennent et dont on attend toujours la réaction, car celle-ci n’est jamais définie.

Au delà de cette mise en scène réussie, Les paupières bleues s’avère être une critique acerbe des affres de notre société. On remerciera le réalisateur de ne pas être tombé dans l’afflux de vindictes et de paroles péremptoires ridicules ou dans des situations absurdes. Au contraire, il examine nos failles, nos étourderies et nos silences, et attire notre attention sur les mots de l’autre qu’on redoute. Tout est un souci du détail. Ainsi, le travail du décor et de la lumière est à saluer car réfléchi et en harmonie avec le sujet. Comme pour le double sens des personnages, la photo est baignée entre ombres nocturnes et lumières intenses. Un étrange malaise envahit le spectateur car rien ne semble soluble et les pièges entre rejet et accueil sont nombreux. Comment ne pas être touché par un pique-nique en amoureux, dans une lumière apaisante, quand bien même les personnages seraient hypocrites ? Comme inéluctables, les protagonistes ne peuvent se satisfaire de leurs efforts et se contentent de vivre un idéal fixé par des images. Ce thème est flagrant lorsque, après une séance de cinéma, le couple rejoue une scène de séduction. Ils ne sont pas eux mais des personnages fictifs. Dans cette séquence montée en parallèle, les personnages refont les mêmes gestes dans leur exactitude. Faut-il un médiateur pour accéder au bonheur parfait, idyllique ? C’est sur ce questionnement que jongle Les paupières Bleues, un fil fragile mais audacieusement agencé.

Ainsi, Les paupières bleues est une somme d’idées, imbriquées les unes aux autres et finement mises en scène. On est plongé dans un tourbillon où toutes nos intentions forgées par un idéal ne sont que chimères. Ce premier long fait preuve d’une grande maturité tant dans l’observation des personnages que dans la forme.

Titre original : Párpados azules

Réalisateur :

Acteurs : , , , , , ,

Année :

Genre :

Durée : 98 mn


Partager:

Twitter Facebook

Lire aussi

Stella Dallas

Stella Dallas

Barbara Stanwyck délaisse les rôles juvéniles et provocateurs des débuts pour un magnifique portrait de mère dans un somptueux mélodrame.