One O One

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Sur fond d’apocalypse, des sommets enneigés à la ville, la quête d’un homme peine à aboutir.

One O One se déroule dans deux époques, deux lieux, deux espaces-temps qui n’arriveront jamais à se rejoindre vraiment. On commence dans la foule bruyante des rues de Taipei où Abbas (Yann Peira) cherche la petite Sveta (Camille Guérin), disparue depuis des mois. On continue sept ans plus tôt dans la neige des montagnes françaises au milieu desquelles Abbas vit avec sa femme Clara (Aleksandra Yermak), coupés du reste du monde. Un étrange virus décime la population autour du couple, eux ne se parlent plus, ne font plus l’amour et l’arrivée dans leur vie de la petite Sveta et de sa mère Leva (Cassandre Manet), qu’ils vont recueillir, leur redonnera pour un temps un peu de vie. Le film alterne entre ces deux blocs et le grand défi de Franck Guérin est de construire entre eux un liant ; un pont passant d’une époque à une autre, de la nature sauvage au décor urbain d’une ville surpeuplée. Ce lien repose sur les épaules de la petite Sveta que cherche Abbas dans les rues de la ville et qui lui a redonné le goût de vivre des années plus tôt dans la montagne. Plus encore que le virus qui zombifie ceux qu’il atteint et le monde post-apocalyptique que l’on devine hors-champ, plus que les problèmes de couple d’Abbas et de Clara, Franck Guérin cherche à filmer sur le corps et dans l’esprit de ses personnages les traces cruelles du temps. À travers la recherche d’Abbas, ce sont les souvenirs de la jeune fille perdue plus tôt qui n’arrivent pas à le quitter, faisant également de lui, malgré son immunité au virus, un zombie.
 
 

Les limites de One O One viennent de l’écart qui se creuse entre le manque que ressent son personnage principal Abbas et ce que l’on donne à voir au spectateur ; entre ce que l’on a devant nous et la manière dont on nous le raconte. Passant d’une époque à une autre, des montagnes à la ville, la narration se déroule à travers des flashes-back et d’incessants allers-retours. Le visage de Sveta que recherche inlassablement Abbas, l’enfant qui lui manque tant et qu’il n’avait pu avoir avec sa femme, ne disparaît jamais pour nous. Parallèlement à la quête urbaine d’Abbas, Franck Guérin s’applique à nous présenter sept années plus tôt et durant près de la moitié de son film l’apparition de l’enfant dans le couple, l’amour de plus en plus profond que lui porte l’homme ; ainsi du premier au dernier plan, Sveta ne nous quitte jamais. Ce que ne cesse de chercher le personnage principal se trouve pour nous continuellement à l’écran. Le vide d’Abbas ne sera jamais le nôtre car One O One passera son temps à le combler pour nous. Construit de deux blocs bien distincts où l’on navigue, où l’on rentre et sort, il manque au film de Franck Guérin une rupture nous permettant également, comme Abbas, de nous rappeler ; de vivre avec lui de ce vide. Ainsi toute la partie "urbaine" de One O One, celle où il faut se souvenir pour vivre, ne nous parle que très peu et vit sans nous. Ce que l’on garde alors du film sont ses scènes glacées dans l’ambiance mélancolique des montagnes, la visite hantée que fait Abbas à l’une de ses voisines et le magnétisme d’Aleksandra Yermak, belle et triste comme une héroïne d’Andreï Tarkovski, attendant un enfant qui ne viendra pas. Ce qui reste en nous de One O One sont des morceaux épars, des moments de grâce que l’on a attrapés en vol et essayés d’isoler du reste. Comme si à défaut de participer, on faisait le tri.  

Titre original : One O One

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Durée : 95 mn


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