Ni le ciel ni la terre

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Premier long opaque du plasticien-vidéaste Clément Cogitore.

Où va-t-on quand on disparaît sans laisser de trace ? Clément Cogitore, qui signe ici un premier long métrage remarqué à la dernière Semaine de la Critique, s’en inquiète à travers l’histoire de soldats français postés en Afghanistan à la frontière du Pakistan. Le retrait des troupes est proche, le capitaine Antarès Bonnassieu (Jérémie Rénier) et ses hommes effectuent une mission de contrôle dans la province du Wakhan : une nuit, les soldats se mettent à disparaître un par un, sans qu’on sache ni comment, ni pourquoi. Les Talibans, avec qui Bonnassieu négocie au quotidien ? Des désertions ? Ou, plus inquiétant, des forces surnaturelles ? Cogitore, vidéaste et plasticien issu du Fresnoy, part de ce motif pour tricoter fantasmes et terreurs dans un paysage désolé et potentiellement meurtrier, mêlant scènes d’action musclées inhérentes au genre du film de guerre et rêveries mystiques et mystérieuses. Le résultat, inégal, génère en tout cas intérêt et suspicion quand Cogitore, passé un principe d’élimination des personnages pas très excitant, fabrique un troisième lieu totalement vierge et inexploré – ni le ciel ni la terre donc, mais un entre-deux, “un monde dans le monde” comme l’énoncera Rénier en fin de film.

Outre une énième variation autour des mystères du rapport de l’homme face à la nature, c’est plutôt la latence dans laquelle les soldats pas encore disparus agissent qui donne au film un certain pouvoir de fascination. Car Ni le ciel ni la terre observe des hommes entre eux, dans un monde sans femmes (seule la voix – et encore, technologisée – de l’épouse de l’un d’eux rappelle qu’ailleurs, les femmes existent) où, quand une menace invisible gronde, tous ont un choix à faire : se battre ou sombrer. C’est ce que Cogitore ausculte le mieux, quand il s’agit de filmer ici une peur paralysante, là un acharnement à l’action qui confine à la folie (le trou béant creusé par Bonnassieu). Le cinéaste fait, par ailleurs, d’un territoire nouveau le terrain d’expériences visuelles, malheureusement pas formidables : en dehors de plans entiers tournés en vision thermique (tels que vus depuis un attirail de guerre), pas de trouvaille éblouissante, ce qui s’avère d’autant plus décevant de la part d’un artiste habitué à l’image. Reste une utilisation de la musique hors pair, notamment dans une scène de danse habitée qui rappelle le Beau Travail (1999) de Claire Denis ; et, surtout, une observation fine du glissement des hommes à côté d’eux-mêmes. Sinon, Ni le ciel ni la terre reste trop opaque dans ses intentions pour emporter tout à fait.

Titre original : Ni le ciel ni la terre

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Durée : 100 mn


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