Micmacs à tire-larigot

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Des personnages hauts en couleur, une intrigue bien ficelée et un réalisateur inspiré : avec Micmacs à tire-larigot, Jean-Pierre Jeunet nous offre un beau film d´aventures, à destination de toute la famille.

Après la déçevante escapade Un Long dimanche de fiançailles, dont le lyrisme ampoulé ne convenait pas à sa verve extravagante, Jeunet revient sur les écrans avec 1h44 de pur divertissement, mené tambour battant par un héros attachant, des acolytes fantaisistes et deux méchants sans scrupules. Tous plus fantasques les uns que les autres, c’est un combat de David contre Goliath qui se rejoue sous nos yeux, avec d’un côté une joyeuse bande de chiffonniers marginaux et de l’autre, de grands patrons de l’armement.

Si chaque personnage est bien défini par un trait de caractère principal – comme dans les films de super-héros –, le film parvient néanmoins à éviter la caricature et le manichéisme. Jean-Pierre Jeunet et Guillaume Laurant ont insufflé à leur histoire une dimension quasi-épique et l’enthousiasme qu’y a mis toute l’équipe du film est communicatif. Bien que le rôle principal ait été à l’origine imaginé pour Jamel Debbouze, Dany Boon s’en tire fort bien et prête sa candeur bourrue à Bazil l’innocent, tandis que Jean-Pierre Marielle, Yolande Moreau, Omar Sy, André Dussolier et Nicolas Marié – pour ne citer qu’eux – prêtent leurs traits à des seconds rôles qui n’ont rien de faire-valoirs.

Ce qui étonne surtout, c’est à quel point Jeunet réussit à canaliser son énergie pour se concentrer sur un univers farfelu certes, mais aussi impeccablement cohérent. Bazil et ses amis les chiffonniers ont beau se lancer dans les stratagèmes les plus tarabiscotés pour accomplir leur vengeance et confondre leurs ennemis, l’intrigue est extrêmement bien ficelée et le rythme parfait : exposition, péripéties, dénouement, le film ne s’éparpille jamais.

À la suite d’Amélie Poulain et de Delicatessen, Jeunet pose encore une fois son regard particulier sur un monde qui appartient aussi bien au pittoresque couleur sépia qu’aux styles Bauhaus (les immeubles des compagnies d’armement), ou Roche Bobois (les appartements des marchands d’armes). Triporteur et tramway, ferrailleurs et Youtube, pont de Crimée et Puteaux cohabitent à l’écran et dessinent un espace spatio-temporel en marge, dans lequel la magie du cinéma opère en toute liberté.

Qu’il s’agisse d’évocation évidente (le film dans le film), d’allusion subtile (l’utilisation de la bande son du Grand Sommeil), de clin d’oeil (une scène à la Chaplin, des accessoires à la Tati) ou d’hommage à peine dissimulé (l’invention de la séquence du désert), on est charmé par lla fantaisie et  le plaisir de créer que semblent partager le réalisateur, ses techniciens et ses acteurs. Tout comme Remington (Omar Sy) recense les expressions imagées de la langue française, Jean-Pierre Jeunet joue à aligner farces, cascades et frasques en tout genre et allège de ce fait son film. Loin d’être entravé par la lourdeur de son sujet, il en fait un prétexte de dérision et l’attaque en bonne et due forme, avec ses armes de cinéaste. À la fin de la séance, on se prend à souhaiter revoir très vite un nouvel épisode des aventures de ces énergumènes. En ces temps de scandales et de drames en tout genre, « Bazil contre les imbéciles » serait un thème plein d’avenir.

Titre original : Micmacs à tire-larigot

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Durée : 104 mn


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