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Mia misses her revenge

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Bienvenue dans le passage à l’âge adulte.

Teo est certain que sa copine lui a été infidèle, et elle a eu beau lui jurer que non il n’a rien voulu entendre. Ensuite ? L’escalade. La dispute éclate et c’est Mia qui va prendre une gifle pour la colère de son petit ami. Parce qu’elle était hystérique dira-t-il. Parce qu’elle l’a rendu incontrôlable. Parce que c’est forcément sa faute, à elle. La rupture est violente, sale, laide. Déboussolée c’est alors chez sa mère qu’elle se réfugie afin de préparer sa revanche, car si elle est convaincue d’une chose c’est qu’il doit payer pour le mal qu’il lui a fait. Et son plan est simple : transformer la croyance paranoïaque de Teo en une réalité destructrice. Il lui faudra uniquement un garçon et une caméra, facile. 

Commence alors la vengeance manquée de Mia, ou plutôt son chemin vers la guérison. Car dans ce second long métrage de Bogdan Theodor Olteanu il ne s’agit pas tant de vengeance que d’apprendre à s’aimer soi-même. Au fil des sorties avec son groupe de copines, des essais infructueux avec d’autres garçons et de cette discussion fleuve avec sa mère : la jeune adulte se reconstruit. La gifle devient le symbole de la rupture, de cette limite à ne pas dépasser et qui avait été repoussée encore et toujours par peur de perdre l’autre. Par manque de confiance en soi et d’amour propre. Comment aurait-elle pu savoir qu’elle méritait le respect après trois années à laisser peu à peu les insupportables idées de Teo l’atteindre. Puis maintenant que tout le monde a son mot à dire sur sa situation, cela ne l’aide pas vraiment. Elle finirait presque par regretter d’avoir parlé de ce coup tant il catalyse toutes les discussions. Même elle ne supporte plus de se voir incapable d’agir comme avant, elle voudrait tant que tout cela n’ait rien signifié. Mais la violence reste la violence. 

Mia n’a pas donc d’autre choix que de passer par les étapes du deuil. De la colère dont naît son besoin de vengeance, à l’acceptation qui lui ouvre les portes d’un nouveau départ elle nous entraîne avec elle. De plan sexe avorté en cours de théâtre. D’échanges houleux sur le privilège du féminisme en monologue désespéré sur sa situation amoureuse. On suit Mia dans les moindres recoins de sa vie, sa caméra comme accès à l’intime. Son film comme journal de bord d’un plan destiné à échouer.

 

Article écrit dans le cadre du festival Premiers Plans.

Titre original : Mia își ratează răzbunarea

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Durée : 80 mn


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