Mercuriales

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Après « Orléans », Virgil Vernier mythifie la morosité du présent bétonné.

Les tours Mercuriales sont des anomalies. Reliques des années 70, promises à une visée architecturale qu’elles ont simplement effleurée – concurrencer la Défense dans un vaste projet de quartier d’affaire interrompu lors du premier choc pétrolier -, elles furent par ailleurs inspirées des Twin Towers new-yorkaises.

Malgré la désertion généralisée, certains y travaillent encore, gardant le fort. On entre dans les bâtiments via leurs équipes de sécurité, chevaliers modernes dont les armes sont désormais les règles, la prévention et la vigilance (gare aux malheureux qui tentent de se jeter du haut des immeubles). Durant la journée, les tours du Ponant et du Levant accueillent des demoiselles venues participer à divers concours de beauté pour échapper à leur condition. 

 

Ainsi se déroule le film, conte des années 2010 où l’irréalité de décors promis à la perdition précipite les personnages dans un ailleurs parallèle. Les héros du film sont deux héroïnes, étranges femmes/enfants quasi jumelles, devenues inséparables. Jeunes femmes abandonnées par leurs familles, en exil pour l’une d’elle, sans avenir professionnel, elles laissent l’ennui et la morosité parfaire leur panoplie de princesses.

De Bagnolet au périphérique il n’y a pas deux mètres, que les filles empruntent vers des lacets de route, pour s’occuper, marcher tout en recherchant un sauvetage qui ne vient pas. La géographie, si peu concrète soit-elle, tient une place importante dans Mercuriales, via le tracé d’une carte routière pour rentrer à la maison ou encore le positionnement des planètes du système solaire. La localisation, l’ancrage au sol, comme le sont les tours souveraines, permet de ne pas perdre tout à fait pied.

Le paradoxe, et évidement le charme venimeux du film, vient de cet écartèlement ressenti face à son extrême contemporanéité et à ses airs d’histoires qu’on raconte au coin du feu, auxquelles on ne croit pas tout à fait. Le format vignette de la pellicule, les boucles musicales construites par James Ferraro forment encore plus un écrin déréel, hypnotisant, au film, auxquels s’ajoutent des plans scrutateurs, curieux autant du trivial de l’existence des filles que de la splendeur de certains détails urbains.
Dans cette aventure somme toute très quotidienne où le déroulé des journées se confond avec la torpeur des filles, Virgil Vernier traque des signes, semble chercher à remythologiser des existences moroses.

Des messages mystérieux, parfois énoncés en voix off, des signes visuels – panneaux publicitaires incitant à la révolte – des rites de beauté, de passage et de langage. Chaque signifiant aura grâce aux yeux du réalisateur, chargé qu’il est de redonner paradoxalement sens au réel. Entre litanie et récitation, les voix se multiplient, hantent et occupent l’espace du film – subjuguant qui veut bien s’y laisser flotter. Finalement, lorsque les jeunes filles dansent autour du feu, c’est pour mieux convoquer auprès d’elles un étrange bestiaire qui peuplait déjà le film. Le hibou, animal de conte par excellence, apparait alors, guide muet de ces deux Cendrillon contemporaines.

 

Titre original : Mercuriales

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Durée : 104 mn


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