Mémoires de nos pères (Flags of our fathers)

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Aborder dans un film l´absurdité de la vie certes, encore faut-il trouver le sujet adapté, et non pas ajouter à une liste déjà longue des poncifs connus de tous.

Au fil des années Clint Eastwood s’est imposé comme un réalisateur indispensable, tant pour son désir de faire partager une vision non manichéenne de l’homme, que pour son talent à mettre en scène des sujets délicats. Ni bons ni mauvais, les personnages du grand Clint ont tous des démons à combattre, des fantômes à oublier seule la foi leur permettant de s’amender d’un poids existentiel. Foi en la vengeance, en la justice, en quoi que ce soit qui puisse donner une légitimité aux épreuves de la vie et de la consistance à ses personnages. D’où une grande déception avec son dernier film.

Au cinquième jour de la sanglante bataille d’Iwo Jima, cinq Marines et un infirmier de la Navy hissent victorieusement le drapeau américain au sommet du Mont Suribachi. L’image de ces hommes unis face à l’adversité captive le peuple américain, las d’une guerre interminable, et lui donne des motifs d’espérer. Pour mettre à profit cet engouement, les trois survivants de cette bataille, sorte de porte-drapeaux, sont livrés à l’admiration des foules. Leur nouvelle mission : servir leur pays en vendant les précieux bons qui financeront l’effort de guerre. Le laconique John Doc Bradley, le timide Amérindien Ira Hayes et le fringant René Gagnon se prêtent au jeu avec un dévouement exemplaire, sillonnant sans relâche le pays, serrant des milliers de mains et prononçant des allocutions ici el là. Mais, en leur for intérieur, une autre bataille se livre…

Mémoires de nos pères ne peut se lire isolément dans la mesure où il fait partie d’un diptyque autour de la féroce bataille d’Iwo Jima. Clint Eastwood souhaite aborder le sujet selon le point de vue des deux opposants, avec Mémoires de nos pères du côté des américains et le futur Lettres d’Iwo Jima du côté des japonais. Intention louable mais qui nous renseigne peu sur le message que le réalisateur veut nous faire passer. Film sur la manipulation du peuple, sur la propagande guerrière que l’on doit à tout prix combattre, film sur la falsification des images, sur la mémoire et l’oubli, ou tout bonnement sur l’horreur de la guerre et de ses désastreuses conséquences ?

Eastwood désire embrasser tous ces thèmes sans trouver un véritable fil conducteur. Il use ainsi du montage parallèle, conduisant ses acteurs et le spectateur sur les côtes carboniques du Mont Suribachi, sur les podiums politiques américains en passant par les familles endeuillées. Flash-back, flash-forward, reconstitution, tout est bon pour retranscrire l’instrumentalisation des soldats, l’horreur de la mort, la perte de l’être aimé. Reste une sensation brouillonne, incertaine. Le film poursuit sa trajectoire chaotique sans trouver sa ligne de force.

A aucun moment le film n’explique les agissements des troupes américaines. Les soldats débarquent sur l’île et vont se livrer corps et âmes dans le combat sans savoir à l’instar du spectateur les raisons de ce sacrifice. Le réalisateur omet de rentrer dans les détails historiques et nous livre une bataille en roue libre, sans réels desseins. Dans un style documentaire, caméra à l’épaule, on suit la progression des troufions sur cette terre hostile. Bras arrachés et corps éventrés dans une pyrotechnie numérique. Visions mille fois rabattues des horreurs de la guerre et souvent mieux traitées (Il faut sauver le soldat Ryan pour le réalisme gore, Apocalypse Now ou La Ligne rouge pour l’horreur et la bêtise de la guerre).

C’est peut-être là que se situe le vrai problème. On ne doute pas de la sincérité d’Eastwood, mais il reprend ce que de nombreux réalisateurs ont déjà développé avant lui. Son traitement lacrymal du sujet dénature complètement ses propos. Il faut voir cette séquence où le soldat indien parcourt un millier de kilomètres pour expliquer à un père que son fils se trouvait réellement sur la photo. La justice est rétablie et la morale est sauve.

Aborder dans un film l’absurdité de la vie certes, encore faut-il trouver le sujet adapté, et non pas ajouter à une liste déjà longue des poncifs connus de tous.

Titre original : Flags of our fathers

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Durée : 132 mn


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