Scénariste et cinéaste de cinéma et de séries
Alberto Rodríguez, en tant que scénariste, coscénariste et réalisateur, en est à son huitième long-métrage dont les trois derniers ont marqué les esprits : La isla mínima en 2014 ; L’Homme aux mille visages (El hombre de las mil caras) en 2016 et Prison 77 (Modelo 77) en 2022. Il a aussi beaucoup travaillé pour la télévision avec deux séries fort remarquées :Hispania, la leyenda en quatre épisodes en 2010 et, surtout, La Peste en six épisodes en 2018. Avec son dernier opus, il s’attaque avec brio au thriller aquatique. Malgré un début un peu difficile à suivre parce qu’il donne dans l’elliptique et le flou, le film prend sa vitesse de croisière en mêlant des éléments qui font mouche : un frère et une sœur dont le père, plongeur, les avait initiés à la plongée, tiens, tiens, on pense bien sûr au Grand Bleu de Luc Besson, mais la comparaison s’arrête là. On reviendra souvent sur ces fausses images en super 8 du père qui conduit le bateau et des deux gosses qui plongent pour, un jour, récupérer la montre qu’il a jetée dans les fonds marins. Si bien qu’à force la petite sœur perdra l’ouïe et sera appareillée. Ils ont grandi mais travaillent ensemble pour un gros bateau pour lequel ils plongent, surtout le frère aîné qui s’est bousillé la santé lors de tous ces séjours sous-marins. Bref, deux déglingués de la vie, mais unis à la vie à la mort malgré une rivalité, créée nolens volens par le père, qu’on découvrira peu à peu et que le spectateur découvrira bien sûr à son tour. Tous les ingrédients sont là et, bien sûr, les acteurs au premier rang desquels on appréciera plus particulièrement le magnifique Antonio de la Torre qui, ici, est magistral, mais aussi Bárbara Lennie et Joaquin Nuñez.

Un thriller dans l’eau
Nul besoin de rappeler que le cinéma espagnol actuel est vraiment sorti de la crise et qu’il produit de plus en plus de films grand public d’une belle qualité, sans compter les séries dans lesquelles il excelle. Ici, Alberto Rodríguez nous mène en bateau à tous les sens du terme, et on vit sur cette embarcation très intensément tout le temps pendant les presque deux heures que dure le film, si bien qu’on se laisse facilement embarquer par cette histoire de drogue qu’ils vont aller chercher dans les entrailles d’un bateau voisin pour tenter de changer de vie : la sœur veut vivre dans un centre aquatique et son frère rêve de récupérer ses deux filles que son ex-femme veut lui arracher. On se laisse embarquer car cette histoire de trafic de drogue se greffe sur ce film qui aurait pu n’être que comme un documentaire sur la vie de ces plongeurs en haute mer que la police convoque quelquefois aussi pour sauver des vies en eau douce.

Deux innocents et le monde
Avec pas mal d’incohérences, cette avancée de ces deux innocents dans une histoire de trafic très dure et pas du tout drôle se construit sur la capacité du spectateur à accepter ce spectacle même si, par moments, il semble un peu tiré par les cheveux, d’autant que la fin sous forme de happy end pas très crédible et détruit un peu l’ambiance de vrai thriller dont le film se colorait à mi-chemin. Mais on aime, on s’attache aux personnages, tout le reste du point de vue social est très crédible mais on a un peu plus de mal à accrocher à l’histoire des dealers car on a souvent l’impression, à force de les voir au cinéma, que leur monde est vraiment impitoyable. Sans doute parce que ce qui fascinait le plus le réalisateur, c’était le monde subaquatique comme il le semble le préciser dans l’entretien qu’il a accordé au dossier de presse du film : « Nous avons regardé tous les films sous-marins possibles, y compris le classique de Louis Malle et Cousteau, Le Monde du silence, un film magnifique. C’est d’ailleurs amusant, car Cousteau a entretenu un temps des liens avec le monde du pétrole… Nous avons tout revu, du classique aux œuvres les plus récentes, mais sans trouver de modèle direct. Nous avions plutôt des sensations : nous voulions que le bateau et son microcosme soient très vivants, que la vie à terre ait un rythme plus rapide, disons à une vitesse de 1,5, parce que sous l’eau, tout serait plus lent. Jouer avec le temps nous paraissait intéressant. Mais de modèle concret, non, nous n’en avons pas trouvé ; non pas par audace, mais parce que rien ne ressemblait vraiment à ce que nous voulions faire. Notre opérateur suédois, habitué à tourner sous l’eau, m’a d’ailleurs dit : « il y a énormément de métrage sous-marin ici ». Environ un sixième du film, soit vingt-six minutes. C’est énorme, proportionnellement… et aussi très coûteux. »






