Looking for Richard

Article écrit par

Une adaptation atypique, signée Al Pacino, d´un grand classique de Shakespeare : Richard III

Al Pacino se lance dans une audacieuse croisade dont la finalité est d’analyser l’une des pièces les plus jouée de l’immense auteur anglais, tant sur son contenu (personnages, intrigue) que sur la pertinence de sa méthodologie et de son écriture.

Cette pièce de théâtre est l’une des plus jouée dans le monde. Mais, chose surprenante, la plupart des gens connaissent cette fameuse réplique prononcée par Richard III: « Un cheval ! Mon royaume pour un cheval » mais ne savent pas qu’elle se trouve dans Richard III et encore moins qui est ce dernier.

Une motivation suffisante pour pousser Al Pacino à aller à la rencontre de la rue et d’éminents spécialistes de Shakespeare afin de nous témoigner sa passion pour cet auteur et surtout nous aider à comprendre Richard III.

Nous apprenons au cours de cette passionnante recherche qu’une peur contagieuse s’est créée autour de la légende de l’œuvre de Shakespeare et de quelques réprimandes émissent par des critiques et des experts shakespeariens à l’encontre des acteurs américains. Leur timidité face à la moindre pièce écrite par Shakespeare leur fait croire qu’ils ne peuvent pas en jouer une seule. Leurs homologues anglais, de part, peut-être, leur plus grande culture et curiosité, voire de leur simple appartenance à la Grande Bretagne peuvent-ils être les seuls à rendre justice à l’œuvre de l’auteur anglais ?

Al Pacino prouve le contraire en interprétant lui-même Richard III et laisse, à ses côtés, libre court aux talents de ses camarades américains (Alec Baldwin, Kevin Spacey ou encore Winona Rider). Mission accomplie !

Une analyse et une interprétation de Richard III qui trouve toute sa crédibilité à travers la forme pour laquelle opte Al Pacino. En l’occurrence le recours à une multitude de genres dédiés au cinéma : Le documentaire (quelques entretiens avec d’éminents spécialistes de Shakespeare), la fiction (de véritables scènes dans de vrais décors avec de grands acteurs), le making of (réunions, répétitions, « brain storming » de l’équipe…) et pour finir le fantastique. Tout particulièrement lorsque Al Pacino, sur scène, se trouve confronté à un unique spectateur: Shakespeare en personne !

Plus déroutant encore, la réflexion de Al Pacino et de son monteur sur la suite à donner au film, pendant que se déroulent les scènes précédemment tournées sur de petits moniteurs.

Ce recours très habile à la mise en abîme se manifeste également lors de plusieurs séquences « hors tournage en costumes » durant lesquelles Richard III semble s’être extirpé de la pièce pour posséder Al Pacino, faisant ainsi fi de la frontière qui sépare l’œuvre de Shakespeare et le monde réel.

Quoi de mieux que de confondre les deux mondes et nous permettre de passer de l’autre côté du miroir ?  N’hésitons pas une seconde et plongeons tête baissée dans cette incroyable recherche où la raison et les mots de Shakespeare nous offrent un reflet percutant et poétique de notre monde.

Réalisateur :

Acteurs : ,

Année :

Genre :

Pays :

Durée : 118 mn


Partager:

Twitter Facebook

Lire aussi

La ragazza di Bube : une leçon d’humanité

La ragazza di Bube : une leçon d’humanité

Dans l’arrière-pays toscan à peine libéré du joug fasciste, un lien indéfectible se noue entre le jeune partisan Arturo dit  » Bube » , le vengeur, et Mara, jeune sauvageonne en mal d’amour. Dans les convulsions et les remous politiques de l’ immédiat après-guerre, Luigi Comencini filme le passage à l’âge adulte de la jeune paysanne immature. Ballotée par des événements qui la dépassent, elle prend brusquement conscience de sa nature profonde. C’est aux côtés du maquisard qu’elle va forger une expérience désabusée de la vie. Relecture actualisée..

Nuit et Brouillard ou comment convoquer l’indicible

Nuit et Brouillard ou comment convoquer l’indicible

A revoir « Nuit et brouillard », le documentaire d’Alain Resnais nous plonge dans une sidération honteuse. Les images de déshumanisation génocidaire hantent sans répit notre mémoire et convoquent notre mauvaise conscience collective. Elles sont le contrepoint du plaidoyer élégiaque en faveur d’une paix universelle que sous-tend la sublime prose littéraire de Jean Cayrol, écrivain-poète et résistant déporté à Mauthausen en 1942. Le présent des ruines et de désolation est le pendant d’un passé tragique qu’il s’agit de raviver douloureusement pour le tirer de l’oubli terminal. Dix ans après la découverte de l’ampleur victimaire de la « solution finale » sciemment élaborée par les dignitaires nazis, la mobilité contemplative des travellings parcourant les vestiges de la machine concentrationnaire vient contrebalancer la stase des charniers de cadavres amoncelés ad nauseam et déblayés par les bulldozers dans un précipité hallucinant. Relecture de ce documentaire fondateur à l’aune de notre regard rétrospectif contemporain..