Loin de la terre brûlée

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Inégal mais toujours digne d’intérêt, le premier film d’Arriaga cherche son langage, le trouve parfois, s’en saisit à pleines mains, le laisse souvent s’échapper.

Dans le désert du Nouveau-Mexique, une caravane explose soudain. A l’intérieur, Gina et Nick, couple adultère bien caché dont l’histoire nous est ensuite racontée en flashback. Lui est mexicain, elle est américaine, ce sont des passionnés, plus pour très longtemps.
La découverte posthume de leur liaison est un électrochoc ; Santiago, le fils de Nick, décide d’en savoir plus, se lie d’amitié, puis d’amour avec Sylvia, la fille de Gina.
Ailleurs, quelque part aux alentours de Portland, dans un univers totalement différent, une jeune femme se tient au sommet d’une falaise, prête à en découdre avec le vide. En contrebas, la mer frappe avec rage les rochers : le travelling, bien que scindé à deux endroits, est superbe. Cette jeune femme ne sautera pas, mais il s’en est fallu de peu, tant elle jongle depuis trop longtemps avec un secret bien trop lourd pour elle. L’étranger mystérieux qui la suit depuis plusieurs jours est sur le point de l’aider à résoudre sa crise identitaire.
Retour au Nouveau-Mexique : un avion s’écrase dans un champ – le plan est là encore très impressionnant…

 

     

Comme toujours avec Arriaga (scénariste des défragmentés Amours chiennes, 21 grammes, Babel, et Trois enterrements), les destins sont liés, les sorts scellés, le temps emmélé, et rien ne peut être fait sans l’aide de l’autre, dont la rencontre est, au final, inéluctable. Le procédé est connu, il a été examiné  en long, en large et en travers par le cinéma moderne, et on pourrait penser qu’Arriaga, qui n’en est pas à son coup d’essai (scénaristique, s’entend), soit en mesure de le maîtriser. Pourtant, trop ambitieux, peut-être trop sûr de lui, le scénariste-réalisateur cède aux sirènes de l’excès (d’évènements, de coïncidences, d’émotion, de psychologie…), et plombe à divers moments une histoire pourtant captivante et bien jouée.
Malgré cela, la réalisation calme et posée se cherche, se trouve parfois (du côté d’Eastwood, de Tommy Lee Jones, voire, encore plus esthétisant, de Paul Thomas Anderson, dont Arriaga a hérité du directeur de la photographie, Robert Elswitt – qui partage la photo du film avec John Toll, décision judicieuse tant les deux mondes représentés n’ont rien en commun), laisse échapper, avec l’histoire, quelques moments de très bon cinéma.

C’est un premier film, il est beau et, franchement, en reposera certains des frasques trépidantes d’Inarritu. Espérons qu’il y en aura d’autres.

 

  

Titre original : The Burning Plain

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Durée : 108 mn


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