L’Oeil du tigre

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Peinture d’une femme d’exception.

Devenir championne tout en étant aveugle

Voici le premier long métrage documentaire d’un jeune réalisateur diplômé à la fois en mathématiques appliquées aux sciences sociales et en études cinématographiques à l’École Normale Supérieure, reconnu pour ses courts métrages et clips, tels que The Hearse pour le groupe Wampire et Who Makes Anita Shake ! Cinecittà (élu meilleur clip de l’année 2012 par les Inrocks Labs). Son documentaire Letre (2015) a été diffusé au Palais de Tokyo, au Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris et dans plusieurs festivals dont Tous Courts d’Aix-en-Provence. L’Oeil du tigre raconte une histoire vraie, celle de Laurence Dubois qui vit au cœur de la Mayenne avec son mari agriculteur et ses deux garçons. Son rêve : devenir championne de Viet Vo Dao, un art martial vietnamien. Mais ce n’est pas une mince affaire, surtout quand on n’a jamais fait de sport, qu’on aime faire la fête, qu’on fume et qu’on a perdu la vue il y a plus de quinze ans. Voici le pari de cette femme attachante, pittoresque et forte, sorte de Magnani des campagnes françaises qui n’a pas la langue dans sa poche et dont on va suivre le parcours gagnant avec des yeux émerveillés. Ce n’était pas gagné d’avance et Raphaël Pfeiffer réussit le tour de force de nous intéresser à cette histoire à la fois extraordinaire et banale, sans pathos ni misérabilisme. La vie telle qu’elle est et son documentaire est bien sûr un hommage aux plus grands avec lesquels il rivalise sans les copier.

 

Un documentaire à la recherche de la vie

Mais comment une idée pareille peut-elle germer dans l’esprit d’un jeune cinéaste, certes doué, mais qui jusqu’à présent s’était plutôt taillé une petite réputation dans les milieux musicaux et branchés ? Il y répond fort justement dans le dossier de presse : « Un ami m’a présenté Laurence Dubois, et faire un film avec elle s’est imposé comme une évidence. C’était un moment où je réfléchissais à la forme documentaire. Je pensais à un portrait d’une dizaine de minutes. Mais j’ai vite compris que Laurence était un personnage plus riche, plus intéressant que ce que l’on peut imaginer au premier abord. Le sport était un peu secondaire, il y avait chez elle quelque chose de fascinant, notamment dans son rapport à sa famille. Cela touchait à des thèmes qui dépassaient le quotidien d’une personne en situation de handicap. Il fallait creuser, il fallait rester, filmer. » C’est ce quelque chose de différent qu’il est allé chercher, et qu’il a trouvé, en Laurence pour nous la livrer sans voyeurisme, avec ses défauts et ses qualités, son détachement des choses matérielles, son apparente froideur auprès de ses enfants, mais qui cache en fait un immense coeur et beaucoup de tendresse.

 

 

 

Aller vers la victoire

Sans le savoir au départ, le réalisateur se détache peu à peu du sujet de son film. Il ne s’agit plus pour lui de montrer le courage d’une femme aveugle pour s’imposer dans un sport qui, en plus, traîne la réputation d’être machiste, en tout cas masculin. Il réalise nolens volens un film sur l’amour, sur la manière de le montrer et non de le dire, à la façon de Jean Cocteau qui déclarait :  « il n’y a pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour ». Laurence possède une force et une bonté qui forcent l’admiration et on a presque l’impression que les gens ont plus besoin d’elle qu’elle d’eux. On le voit lorsque Laurence est auprès de sa famille, mais aussi son autre famille d’arts martiaux, et notamment son coach, Omar qui l’aide, la rudoie aussi et la conduit à la confiance en soi et à la victoire. « C’est ce qu’elle fait ressortir chez son mari, qui, deux à trois fois par semaine, l’accompagne à  son entraînement, passe une heure et demie à la regarder, puis la ramène. Je n’ai pas l’impression qu’il voit ça comme un devoir. Laurence crée des dynamiques très positives, fait ressortir l’idée d’être bon. »

Servi par les belles images d‘Ariane Prunet et Raphaël Pfeiffer, L’oeil du tigre fait partie de ces documentaires qu’on n’oublie pas parce qu’ils apportent un plus à notre histoire et à notre vie. Il sera bien sûr distribué en audiodescription pour les spectateurs mal ou non voyants.

 

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Durée : 78 mn


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