Londres, Ted Walden (Luc Merenda) employé d’un magasin d’antiquité est incapable de remonter plus loin dans son passé que ses six derniers mois. Il reçoit un télégramme provenant, soi-disant, de son épouse, Sara (Senta Berger), qui lui demande de revenir en Italie.
Nos souvenirs de cinéphiles regorgent de références où l’amnésie du héros nous a tenu en haleine comme nul autre sujet : La maison du Docteur Edwardes (Alfred Hitchcock,1945), Dead Again (Kenneth Branagh, 1991), (Mémento (Christopher Nolan, 2000) … Cet outil scénaristique, comme tous les autres ressorts du thriller qu’il convoque, L’homme sans mémoire en use avec parcimonie. Même s’ils sont loin d’être sans effets sur le palpitant, le Whodunit, la dimension, paranoïaque, les rebondissements ne se donnent pas des grands airs d’originalité, faisant davantage appel à notre complicité avec le genre qu’à notre soif de stupéfaction.

Si, présenté Duccio Tessari comme un auteur au style singulier ne fait pas réellement sens, on peut sans excès le louer pour son savoir-faire irréprochable. Dans le cinéma de genre italien (des années soixante et soixante-dix), rares ont été les réalisateurs qui comme lui ont inscrit leur nom au palmarès des références du Western européen – Un Pistolet pour Ringo, Le Retour de Ringo, et Viva la révolution ! du Poliziotescco La mort remonte à hier soir, sans oublier le film d’aventures : Zorro, avec Alain Delon. Duccio Tessari brille par sa rigueur et son sens de l’efficacité. Le décor est planté très rapidement, on ne se perd jamais dans une inutile psychologisation des enjeux, comme ici avec le passé trouble de l’anti-héros. La violence est sèche, se vit au plus près des visages, s’exprime sans ambages. Les scènes d’action tirent leur efficacité de leur brièveté et de leur topologie, ici les rues étroites et pittoresques de Portofino, la maison à étage de Sara… Même s’ils s’inscrivent, dans des archétypes du genre, les personnages possèdent dans l’ensemble leur propre respiration, car le récit leur laisse le temps d’exister. Si Luc Merenda se contente du minimum : une présence magnétique et une force tranquille, Senta Berger, en plus de sa superbe photogénie, décline une belle palette d’émotions. Plus complexe et plus intéressant encore, le trop « bienveillant » Daniel, auquel l’excellent Umberto Orsini (Ludwig ou le crépuscule des dieux, Vincent, François et les autres…) apporte toute sa finesse de jeu.
Reste la question de l’inscription du film dans le corpus du Giallo, comme l’annonce le programme. Pour les puristes du genre, appâter par une ouverture alléchante, ils devront attendre un final éblouissant pour en retrouver toutes les sensations et la dose due d’hémoglobine. Pour tous ceux que les excès du Giallo peuvent effrayer, ils apprécieront grandement que la « terreur » psychologique prenne le dessus. Pour nous offrir un thriller terriblement efficace.
L’homme sans mémoire Combo DVD+ Blu Ray chez Artus Films.





