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L’Histoire de Richard O.

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« Une caméra qui caresse les corps, vibre avec eux, jusqu’à en entendre le battement exploser dans l’étreinte, enregistrant le souffle ultime de l’orgasme qui se confond avec le soupir de la mort » Voilà un exemple de ce qu’on pourra certainement entendre à propos du dernier film de Damien Odoul ! Si on le […]

« Une caméra qui caresse les corps, vibre avec eux, jusqu’à en entendre le battement exploser dans l’étreinte, enregistrant le souffle ultime de l’orgasme qui se confond avec le soupir de la mort » Voilà un exemple de ce qu’on pourra certainement entendre à propos du dernier film de Damien Odoul ! Si on le voulait bien, rien ne serait plus facile que de se plier au jeu et d’essayer encore de faire tourner à vide des phrases sans rien dire, le film y gagnerait sûrement ! La confusion des commentaires ne ferait qu’agrandir la sienne, déjà effrayante, et un hâle de mystère couvrirait cette œuvre, dont l’obscurité serait preuve de sa grandeur et mesure du talent de son créateur !

Mais essayons au contraire de parler de ce film le plus simplement et commençons par exemple, vu le titre, par l’histoire. Dans un Paris désert, au mois d’août, un homme cherche des filles. Ces dernières, en proie à de folles envies, couchent avec lui. D’emblée, il en cherche d’autres avec lesquelles il pourrait s’adonner à des expériences toujours plus extravagantes, jusqu’au jour où l’une d’entre elles lui demande de la violer dans le sommeil. Il n’ose pas, elle se réveille, et le tue. Avant de mourir, il avoue avoir réussi à faire la seule chose qui l’intéressait : la filmer pendant qu’elle dormait. C’est la première scène du film… le reste n’est qu’un long flash-back.

Le début pose ainsi deux questions : quelle est la limite du désir, ou tout du moins quelles sont les conséquences si on se laisse porter par lui, et quelle satisfaction peut-il y avoir dans le seul acte de regarder ?
A la deuxième question, si l’on pouvait répondre par notre expérience de spectateurs, on dirait volontiers qu’il n’y en a aucune, vu qu’à la fin du film on est tellement saturé par les images de sexe qu’on n’arrive même plus à en être touché.

La première question est plus complexe. En effet, ce film qui nous a été présenté comme « un grand hymne à la liberté », et qui voudrait probablement l’être, nous semble vite tourner à son contraire. Où est la liberté dans ce film ? Le protagoniste, en proie à ses passions, semble plutôt y être complètement soumis. Si quelqu’un qui au lieu de résister cède à son désir, nu comme un vers, saoul et transpirant, dans une chambre glauque… quelles conséquences doit-on en tirer ? Plutôt que la libération de son plaisir, il nous semble que le film met en avant l’aveugle envie de s’en rendre esclave. Chose encore plus grave, aucun amour ne jaillit de ses étreintes sur-jouées. Le plaisir est mis en scène dans son artifice : aucun mot, aucune phrase, aucun geste, n’a du poids; même Richard O. s’en plaint… Au final, si on pense au film, on est assez troublé quant à la vision de l’homme qui en ressort. Un être laid et obscur, à la vacuité d’une vie sans amour et sans plaisir, auquel ne peut que correspondre une mort peu glorieuse.

Vu les perspectives, que reste-t-il donc de ce film ? Une coquille, une jolie coquille qui en séduira plusieurs, dont certains, en lisant ces lignes, s’énerveront furieusement, jurant qu’on n’a rien compris au cinéma ! Puisque, on le reconnaît sans le moindre effort, la lumière est travaillée, les cadrages adroits : il y a de très beaux clairs-obscurs, de charmants contre-jours, un jaune crépusculaire envoûte les corps nus, étendus dans les draps, jusqu’à en faire des tableaux. Mais la question qu’on se pose est : à quoi bon ? Là on s’aperçoit que ces artifices formels ne servent à déployer aucune idée, incapables de proposer autre chose qu’une tentation nihiliste ou un repli individualiste sur soi-même.

Tout compte fait, ce film nous parait vague dans ses propos et un peu glauque. Il se voudrait provocateur mais ne suscite aucun scandale, il s’acharne sur un sujet qui se retourne contre lui, et de plus, chaque détail dans la mise en scène porte en lui le signe d’une ambition mal placée, trop soucieuse de se donner à voir. Quelqu’un arguera sûrement qu’il y a des tableaux qui s’interposent aux scènes des lits, ou toute une trame de symboles sur laquelle on passe (les femmes que Richard rencontre avant de mourir sont treize, ce chiffre n’est pas anodin), et l’on pourrait énumérer on ne sait combien d’autres joujoux pour savants.

Titre original : L'Histoire de Richard O.

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Durée : 75 mn


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