L’Été nucléaire

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Imaginer le pire en sachant que c’est maintenant possible grâce aux centrales nucléaires.

Une mort soft

Gaël Lépingle à qui l’on doit notamment deux documentaires présentés entre autres au festival Cinéma du Réel, Julien en 2010 puis Seuls les pirates en 2018, se défend d’avoir voulu faire avec ce nouveau film un documentaire ou un film de genre pré-apocalyptique. Il est vrai que son film est pour le moins inclassable. Son thème est assez simple : des amis se retrouvent dans une ferme près de Nogent-sur-Seine en Champagne alors qu’une centrale nucléaire, suite à une dysfonctionnement, relâche de la radioactivité dans l’atmosphère. Rien de plus simple, ni de plus linéaire – mais très difficile à mettre en scène sur une durée d’une heure et demie alors que le propre de l’accident nucléaire est d’être invisible. Il est donc impossible de montrer des scènes de catastrophe, ni de panique extrême avec cris et sans chuchotements. La mort est soft dans ces cas-là et seul le poste de télévision distille une angoisse diffuse en essayant de calmer les esprits tout en essayant de faire monter la pression. Cette extrême difficulté lorsqu’elle est dominée peut donner lieu à un film particulièrement angoissant et le réalisateur en a pleinement conscience lorsqu’il déclare dans l’entretien du dossier de presse : « C’est un huis-clos à ciel ouvert : il n’y a pas moyen de s’échapper, les protagonistes sont autant enfermés dans la maison que dans le paysage. (…) Plastiquement ça fait penser au cinéma américain à cause du gigantisme, mais c’est en France, on n’a rien triché! Le Scope et le 35mm se sont imposés notamment à cause des scènes en extérieurs, pour impressionner le vide. Les rues désertes, les maisons abandonnées, apparemment rien n’a changé et pourtant tout a changé. C’est une leçon du cinéma fantastique, de faire surgir la menace du réel le plus banal. »

Faire peur avec peu

Cette leçon de cinéma malheureusement Gaël Lépingle ne la donne pas au spectateur. Le scénario se traîne un peu et aurait fait un carton s’il s’était cantonné à un court métrage car il faut bien reconnaître qu’en l’absence de cris, de monstres et d’effets spéciaux, on aurait tendance à s’ennuyer un peu. D’autant que les cinq jeunes comédiens, hormis Shaïn Boumedine, transfuge du dernier film d’Abdellatif Kechiche, Mektoub my love : Canto uno, ne sont pas spécialement convaincants même si Alexia Chardard n’oublie jamais de boiter tandis que Constantin Vidal oublie quant à lui de sourire. On dirait que la directrice de casting les a réunis sur le plateau pour un nouvel épisode de la série Friends ou, pire, pour une adaptation flippante du Club des cinq mais irradiés. Il est vrai que le film n’est pas post-apocalyptique : ça manque de rythme et d’horreur on l’a déjà dit. Cependant, le chef opérateur, Simon Beaufils, n’a pas oublié les leçons de Jeff Nichols et son film troublant, Take Shelter (2011). Quant à la bande son de Jérôme Petit, elle est particulièrement réussie. On ne devrait pas sourire de ce film vu sa portée pédagogique. On devrait le diffuser dans les collèges situés aux abords des centrales que le gouvernement actuel va faire croître et multiplier.

Alerter les jeunes

C’est en fait cette hésitation entre film de fiction et film militant qui enlève paradoxalement de la crédibilité au film. Et pourtant les intentions du réalisateur sont plus que louables. Jugez-en ici lorsqu’il déclare dans le dossier de presse : « On a commencé le tournage le jour de l’incendie de l’usine de Lubrizol à Rouen, terminé le montage en plein Covid, et le film sort juste après que la France a été recouverte de poussières de sables du Sahara plein de Césium 137 et que Poutine agite la menace nucléaire. On n’est quasiment plus dans le film d’anticipation, malheureusement. Un jour ça va arriver, et c’est effrayant. Alors oui, j’aimerais que le film permette de repointer les risques liés au nucléaire, de faire revenir le débat. À part Malevil, je ne comprends pas que le cinéma français ne se soit jamais saisi du sujet. Ce n’est pas un sujet anodin. Je n’ai pas voulu faire un film apocalyptique de plus, mais montrer les dangers déments d’une industrie qui fait partie de notre histoire, et presque de notre identité. »

 

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Durée : 85 mn


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