L’Étage secret…Bad Gastein est un film pour enfants, interprété par de jeunes acteurs, qui veut parler aux jeunes d’aujourd’hui des dangers du fascisme, du racisme et de l’antisémitisme tels qu’ils se sont développés en Autriche et en Allemagne dans les années 1930. Pas question ici cependant pour le réalisateur Norbert Lechner de montrer comme d’habitude des images horribles (comme les monceaux de cadavres à la libération des camps en 1945, par exemple à Bergen-Belsen). Le choix s’est porté sur une intrigue d’apparence policière capable de susciter l’intérêt du jeune public et son empathie pour les protagonistes non nazis (dont une jeune fille juive : Hannah, et sa famille), suggérant seulement le danger qui les menace (mais ils s’en sortiront tous par leur débrouillardise et leur solidarité) ; quelques images d’archives sont insérées pour illustrer la montée des périls et l’imminence de la guerre.
L’histoire se passe dans un cadre somptueux en Autriche : la station alpestre de Bad Gastein près de Salzbourg dans un grand hôtel (le « Grand Hôtel de l’Europe », achevé en 1911, qui était resté remarquablement conservé, avec son mobilier d’origine, comme figé dans le temps). Le temps, justement, va être au cœur du récit filmique (qui s’apparente à celui du fameux Retour vers le futur de Robert Zemeckis, 1985) : en effet le jeune Karli (12 ans) découvre un moyen, en utilisant l’ascenseur de l’hôtel que ses parents ont racheté pour le rénover, de remonter 87 ans en arrière dans un « étage secret », qui vit toujours comme en 1938 juste après l’Annexion (Anschluss) de l’Autriche par le Reich hitlérien. Il va se servir de cet ascenseur pour faire des aller-retour entre passé et présent : dans le présent des années 2020 pour comprendre grâce à internet ce qui menace Hannah et sa famille (apparemment, il en ignorait tout !), dans le passé pour aider en conséquence ses jeunes amis de l’époque à échapper au péril (avec lui et Hannah il y a aussi Georg, un petit cireur de chaussures). Ce péril est représenté par une famille (très caricaturale) de nazis fanatiques, les Hartwig (menée par le père avec ses deux enfants, Heinrich et Herrmann).
De manière ludique en vivant de multiples aventures le trio (Karli, Hannah, Georg) découvrent l’injustice de l’époque (la propagande, les lois anti-juives et la nécessité d’y échapper pour Hannah par l’exil : ce fut effectivement la solution qu’adoptèrent, contraints et forcés, 300 000 sur les 500 000 juifs présents en Allemagne en janvier 1933, 200 000 restant dans le Reich dont la moitié fut exterminée).
À la fin, Karli retourne dans le présent… mais il ne voit plus le monde comme avant.
Bref : un petit film sympathique, sans prétention, récompensé par deux prix au festival der Goldene Spatz 2025 (le plus grand festival de médias pour enfants de langue allemande, avec un jury d’enfants).





