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Les Vampires (I Vampiri – Riccardo Freda et Mario Bava (non crédité) 1956 )

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Les Vampires marque le renouveau du cinéma fantastique italien interdit par Mussolini jusqu´à l´achèvement de son règne (1945). Malgré tout, il faudra attendre encore quelques temps avant que la censure ne s´adoucisse, la vue du sang étant encore proscrite à l´image.

 Afin de vendre son film, Freda et sa femme Gianna Maria Canale qui joue le rôle de Gisèle, créèrent à eux deux une bande son du film qu’il présentèrent aux producteurs en leur faisant sous-entendre qu’il ne manquait plus que les images. L’histoire se déroule à Paris. Après les assassinats de plusieurs femmes retrouvées vidées de leur sang, le journaliste Pierre Valentin mène sa propre enquête pour retrouver celui que l’on appelle « Le Vampire » et qui semble définir ses victimes en fonction de leur groupe sanguin. Petit à petit, l’investigation le mènera au manoir des Du Grand où habitent la belle Gisèle et la vieille duchesse Marguerite.

Inspiré du mythe d’Elizabeth Bathory qui se servait du sang de ses jeunes victimes pour des bains censés préserver une jeunesse et une beauté éphémères, le thème sous‐jacent du vampirisme fait ici aussi référence au désir d’immortalité et de fraîcheur éternelle d’une femme vieillissante. Pas question de monstres aux dents acérés, le film se veut plus proche du long métrage Les Yeux sans visage de Franju (1959) que du Nosferatu de Murnau. La science œuvre pour faire le mal, elle devient un instrument de peur. Les outils de torture présents dans Les Vampires nous rappellent sans cesse le sadisme et la perversité de l’être humain, liés à une intelligence toute rationnelle.

Les Vampires mélange intrigue policière et film fantastique. Le scénario, non dénué d’intérêts, a dû subir quelques coupes au montage rendant quelques passages narratifs rudimentaires, malgré quelques idées très réussies comme l’assemblage en épingle du tueur. Autre curiosité, pourquoi avoir fait se dérouler l’intrigue à Paris ? Certainement une volonté de la production, question de mode et de commercialisation. L’hégémonie du néo‐réalisme n’est pas loin non plus comme le suggèrent les scènes très réalistes constituant la partie policière tournée en studio. Quant aux scènes du manoir, elles ont été tournées dans un château existant, en Calabre. Que serait le fantastique sans ses châteaux gothiques ou baroques, à la fois lieux et personnages de l’histoire ; personnages en sursis, délabrés, décomposés et merveilleusement mis en scène par des hommes comme Freda ou Bava. Car c’est à la beauté de la mise en scène et des images, mélange entre clacissisme et expressionisme que ce film en cinémascope doit son élégance.

L’anecdote qui entoure le film insiste sur le fait que si la réalisation fut signée entièrement de la main de Freda, le pape du cinéma de genre à cette époque, il n’en est pas moins, qu’après un différend avec la production, Freda décide de quitter le film avant la fin du tournage, emportant avec lui une partie de l’équipe. C’est à bras levé que Mario Bava, son chef opérateur et ami le remplace, finissant le long métrage en 2 jours 1/2. La totalité du film ayant été tourné en moins deux semaines. Bava aurait donc réalisé les scènes policières. Quoi qu’il se soit passé, il est aujourd’hui indéniable que le fruit de leur travail est un très beau spécimen de film de ce genre. Le jeu expressionniste des comédiens lui rend bien son âge mais Freda insuffle à l’époque une nouvelle énergie qu’un Mario Bava saura par la suite totalement renouveler.

Les Vampires est un concentré des thèmes de prédilection de Bava qu’il reprendra dans le Masque du démon avec Barbara Steele , son premier film crédité comme réalisateur où il traite une fois de plus d’immortalité, de vengeances familiales et de malédictions qui entourent les châtelains. Il réutilisera d’ailleurs l’incroyable effet spécial de vieillissement, sa signature, qu’il avait utilisé dans Les Vampires. Bava s’était inspiré du Dr Jekyll et Mr Hyde de Rouben Mamoulian (1932) pour créer cet effet généré par la lumière de deux projecteurs, l’un bleu, l’autre rouge, dirigés tous deux sur l’actrice maquillée en bleu mais portant les marques du vieillissement en rouge. Par un subtil dosage, lorsque l’éclairage bleu dominait, les rides de Gisèle apparaissaient comme par enchantement, lorsque le projecteur rouge prédominaient son visage restait naturel, cet effet n’étant possible qu’en noir et blanc. Les Vampires est sans conteste un classique ignoré qu’apprécieront tous les amateurs de films de genre mais aussi les autres. À consommer sans modération. Accoutumance obligatoire.

Titre original : I Vampiri

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Durée : 90 mn


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