Les Toilettes du Pape (El Baño del Papa)

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Rares sont les films comme « Les toilettes du pape » à conjuguer aussi efficacement le drame social, la comédie populaire et une approche esthétique des plus élaborées. Un petit bijou.

Le scénario propose de suivre les déboires des habitants de Melo, une petite ville d’Uruguay, qui apprennent par la télévision que le pape Jean-Paul II s’apprête à honorer leur bourgade de sa présence. Convaincus que cette visite attirera un grand nombre de pèlerins, les habitants envisagent d’ouvrir toute sorte de stands et espèrent tirer de l’événement un maximum de bénéfices. Face à la frénésie qui s’est emparée de la ville, Beto, le personnage principal du film, contrebandier de profession, décide de son côté de construire dans son jardin… des toilettes ! Il devra, pour ce faire, trouver de l’argent coûte que coûte.

Sur un sujet original et attrayant, Fernández et Charlone, les réalisateurs et scénaristes du film, mettent au point un scénario étonnamment souple et convaincant. Toute la force du récit réside dans sa capacité à croiser rires et larmes. Si le film se veut lucide, voire cynique – le pape ne réalisera aucun miracle, bien au contraire, les deux cinéastes édulcorent avec finesse le drame niché au cœur du récit par de plaisantes touches d’humour subtilement mises en scène. Rappelant le jeu de certains acteurs dirigés par Emir Kusturica, l’excellente interprétation de l’acteur principal, Cesar Troncoso, apporte au scénario une bonne part de causticité.

Le registre tragi-comique du film est soutenu du début à la fin par deux perspectives entrecroisées. Le principe des Toilettes du pape consiste à faire cohabiter faits réels et fictionnels. La visite du pape à Melo est historique – elle a eu lieu en 1988, de même pour les conséquences qu’elle a pu déclencher. Le long-métrage se compose par ailleurs d’un certain nombre d’images d’archives de la télévision uruguayenne. Le pape n’est donc pas joué par un acteur mais apparaît sur les écrans de la télévision tel qu’il est apparu réellement.

En même temps, les éléments fictionnels sont conçus de manière à coller au plus près possible du réel. Les cinéastes avouent en effet s’être inspirés d’authentiques Uruguayens pour composer le personnage central de Beto, véritable incarnation de la classe populaire du pays. Mieux encore, les habitants de Melo sont joués pour la plupart par des acteurs non professionnels. Le film donne, par conséquent, une très forte impression de vécu. Empreint d’amertume et de nostalgie, Les toilettes du pape brosse, de l’intérieur, le portrait d’une société en voie de disparition.

La portée documentaire du film est de loin l’aspect le plus réussi. Non que les éléments fictionnels ne soient pas suffisamment nourris mais certains passages peuvent paraître tantôt redondants (la passion de la fille de Beto pour le journalisme), tantôt obscurs (les relations professionnelles qu’entretiennent Beto et le personnage du douanier). Le long-métrage, en réalité, parvient à gommer ses faiblesses en affichant une remarquable approche visuelle. Composant de nombreux plans sur des paysages ou sur des portraits d’individus – avec le même soin qu’un peintre accorde à son tableau -, les cinéastes privilégient la sensation esthétique à l’articulation de leur récit. L’accent se porte bien plus en effet sur le caractère poétique que réverbèrent la modestie des lieux et la précarité des personnages plutôt que sur les liens logiques qui les unit.

Les toilettes du pape est un divertissement coulé dans un métal des plus précieux. Un film débordant de sensibilité.

Titre original : El Baño del Papa

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Durée : 95 mn


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