Les Magnétiques

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Trouver sa voix

Lauréat du prix SACD de la Quinzaine des réalisateurs ainsi que du prix Ornano Valenti : le premier long-métrage de Vincent Mael Cardona a su séduire les divers publics lors de son passage en festivals. C’est alors, après cet accueil dithyrambique, que Les Magnétiques arrive enfin dans les salles hexagonales.

L’histoire est celle de Philippe (Thimotée Robard), un jeune homme qui vit dans l’ombre de son frère (Joseph Oliviennes) avant que son amour pour Marianne (Marie Colomb), sa passion pour le matériel radiophonique et l’obligation du service militaire viennent bousculer sa vie, dans la France du début des années 80.

En plaçant leur intrigue à cette période précise, Vincent Mael Cardona et ses coscénaristes s’attellent à une reconstitution à la fois rigoureuse et fantasmée de cette époque qui les a vu grandir. Les costumes, la musique, les décors, jusqu’à la lumière modelée par les lentilles anamorphiques : le cinéaste livre avec Les Magnétiques un tendre hommage esthétique aux années 80 françaises, tout en faisant le portrait mélancolique d’un monde en mutation, ne tombant ainsi jamais dans la nostalgie poussiéreuse. Ainsi, entre l’élection de Mitterrand, la quasi-démocratisation de la communication transnationale et l’explosion de la vague punk : c’est avec une douce amertume doublée d’une paradoxale énergie festive que la fin d’un monde et la naissance d’un nouveau est peinte.

Un monde en métamorphose, donc, à l’image de celle de Philippe, le protagoniste principal. En effet, le film de Vincent Mael Cardona se concentre sur le récit initiatique de ce jeune homme mutique, qui en début de film n’existe que pour donner corps à la voix de son frère sur la radio pirate qu’ils pilotent tous les deux. Tout l’enjeu du film sera alors, pour Philippe, de réussir à s’affirmer, loin de l’ombre imposante de son frère, de la retenue viriliste de son père et de l’absence assourdissante de sa mère. Briser le silence, d’abord en communiquant avec celle qu’il aime via des cassettes magnétiques, jusqu’à peut-être, un jour, se trouver une voix, au sens littéral comme figuré. Les Magnétiques développe ainsi toute une dialectique évocatrice d’une poésie et d’une acuité très tendre et éloquente.

Cependant, ce potentiel sensible se trouve être un peu étouffé par une écriture mécanique et stéréotypée, reprenant tout un arsenal de personnages et de situations propres à un récit initiatique trop sage. L’application reste d’une douceur tout à fait touchante, mais la rigueur du film à restituer une forme d’efficacité scénaristique à travers une structure et un cadre conventionnel le cantonne à un prudent programme plus qu’à l’expressivité vraisemblablement espérée.

Les Magnétiques est alors un joli premier film avec une richesse thématique et sensible indéniable, quand bien même son écriture est encore trop corsetée pour développer une émotion totale et inconditionnelle.

 

Titre original : Les Magnétiques

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Durée : 98 mn


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