Les corps électriques

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Et si la danse, et le hip hop en particulier, pouvaient réconcilier avec soi-même et la société ?

Fils de…

Ce lundi soir, veille de la sortie du film sur la chaîne Arte, la grande salle de projection de l’Institut du Monde arabe était pleine de joyeuses présences, surtout des danseurs, des hip-hopeurs, des musicos. Le film projeté, Les corps électriques, outre qu’il porte bien son nom, est réalisé par Raphaël Stora. On se dit, en bougonnant mais in petto : encore un fils de puisqu’il ne s’en cache pas tout du long de ce film confession. Il est le fils du grand historien Benjamin Stora. Mais on ravale sa rancœur et sa jalousie face à ce que, de prime abord, on pourrait prendre pour du népotisme, puisque Jack Lang aussi est dans la salle, ce film est génial et pourtant ce n’est jamais facile de parler de soi.

Danse électrique

Tout le monde ne peut pas suivre l’actualité de la danse en général, et du hip hop en particulier, mais Raphaël Stora n’en est pas à son coup d’essai. Près de dix ans après Les Promesses du sol, série documentaire dans laquelle il rendait hommage à la scène hip-hop parisienne, vibrante, éclectique et audacieuse, Raphaël Stora a maintenant quarante ans et il décide de remonter sur scène et de renouer avec la danse qu’il avait abandonnée pour la réalisation. Mais ce retour ne se fait pas sans heurts : le corps résiste, la scène a évolué, et l’exigence de virtuosité semble plus forte que jamais.

Danser à 40 ans

Remonter sur la scène à quarante ce n’est donc pas évident surtout pour ce genre de danse acrobatique avec ces corps comme s’ils avaient reçu des décharges électriques. Et surtout que c’est le même âge qu’avait son père au moment de la parution de son premier livre et de son premier passage à la télévision dans l’émission phare de Bernard Rapp, et juste aussi au moment où sa petite sœur de sept ans allait mourir d’un sale cancer. C’est pour exorciser cette douleur jamais éteinte que Raphaël Stora décide alors de lui rendre hommage sur la scène du Théâtre de la Ville au moment où un chorégraphe vient de l’engager dans une troupe et qu’il lui a confié le tableau final où il doit improviser seul un battle.

Donner corps à la danse

Souffrant d’une sorte de « syndrome de l’imposteur » ainsi que le lui fait remarquer la modératrice du débat qui suit la projection, Raphaël Stora semble cependant très ému d’autant que son père est présent à ses côtés sur la scène. Le film s’adresse à tout le monde, qu’on connaisse ou non ce monde du hip hop si particulier, avec ses rites, ses codes et ses danseurs et danseuses. D’ailleurs, au passage, le réalisateur en profite pour filmer une jeune danseuse charismatique que vous n’oublierez pas. « À la croisée du récit de filiation et du portrait de la scène hip-hop actuelle, mon film fait dialoguer les gestes là où les mots n’y suffisent plus. C’est un documentaire qui parle de danse mais surtout de ce qu’on cherche à réparer quand on danse. » Réparer, c’est le mot vedette de ce film qui n’est ni chouineur, ni culpabilisant. Pour preuve, on n’y entend jamais le mot résilience, ouf ! Et le papa Stora, à la fin, offre à la masse enthousiaste des spectateurs, ces quelques mots qui réconcilient et font réfléchir, venant d’un très grand historien, honoré par la pensée de gauche. En effet, Benjamin Stora a remarqué, en suivant la carrière de son fils, que la danse est super importante pour la jeunesse actuelle, et il se demande en effet pourquoi aucun politique ne lui accorde une vraie place dans la société, ni ne se questionne sur cette belle réalité.

Une grande danseuse

Ainsi ce documentaire offre à voir le retour de Raphaël Stora sur les devants de la scène : on y suit un moment charnière, rythmé par des doutes, des tentatives, des rencontres. Il capte l’intime d’un corps en mouvement, et filme une réconciliation possible entre un homme et son passé, entre deux générations, entre deux langages. Mention spéciale au chorégraphe Saïdo Lehlou, aux danseuses et danseurs bien sûr, au monteur Raphaël Hénardet, aux images de Léo Desnoyelles, Raphaël Stora, Malick Cissé et Karim Hapette et, enfin, à la jeune hip-hopeuse, Suzanne Degennaro, qui ira loin, très loin.

Sur Arte à partir du 16 septembre 2025.

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Durée : 48 mn


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