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Les Chevaliers blancs

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Adapté de l´affaire polémique de l´Arche de Zoé, le film problématise avec discernement l´épineuse question du droit d´ingérence.

C’est le récit de croisade, entre action collective pétrie de bonnes intentions et expédition idéologique, d’un groupe d’humanitaires partis au Tchad dans le but d’exfiltrer des enfants orphelins victimes de guerre et de les ramener en France afin de les faire adopter. Cette ONG « Move for kids », librement inspirée de l’affaire de l’Arche de Zoé, se révélant formée d’une bande de « zozos », s’empare d’une mission à l’allure de propagation de foi en pays étranger. En bons chevaliers blancs, ses membres croient fermement au sens, à la légitimité de leur projet, même s’ils ne nient pas sa malhonnêteté, et à la justice que celui-ci est censé apporter. Cet aveuglement est bien sûr ce qui permet à une partie du groupe (d’autres abandonneront la mission, réalisant à temps l’échec et le danger qu’elle pose) d’aller jusqu’au bout du plan : faire croire aux communautés tchadiennes à une prise en charge locale jusqu’à leur majorité des enfants qu’ils voudront bien leur confier, préparant en réalité leur rapatriement imminent pour la France. C’est sur ce mensonge que la figure du « chevalier », aux codes de vertu déjà douteux, confrontée à la complexité d’un territoire très instable, bascule vers celle du justicier.

Cette figure de paladin factice est incarnée par Jacques Arnault (radical Vincent Lindon), président et leader de l’ONG, qui enfonce tête baissée ses troupes dans son escroquerie humanitaire, à laquelle il croit dur comme fer et dont il dessine rapidement les règles : tout se monnaye avec les chefs de villages, « les bons comptes font les bons amis », mais attention, "on n’achète pas des enfants, on achète des services"…La manipulation dont se rendent coupables, conscients ou non, Jacques Arnault et son équipe, sans émettre aucun doute, génèrent vite un malaise. La musique du groupe Apparat qui ponctue les mouvements du film, vient conforter la réalité de ce désagréable abus de pouvoir à l’œuvre, bien connu de l’histoire colonialiste. La question de savoir si la manipulation à fin « bienveillante » est souhaitable demeure ici une impasse morale. L’abus insidieux ayant déjà été exploré de façon assez subtile dans le précédent film de Joachim Lafosse, A perdre la raison (2012). Ici, son habileté réside en la priorité accordée à ses personnages plutôt qu’au récit dans le questionnement et la démonstration des enjeux du film. Les positions et états d’âme de chacun deviennent autant de miroirs réfléchissants pour le spectateur concernant les problématiques de ce qui se joue dans cette expédition.
 

A ce titre, le personnage de la journaliste Françoise (très bien joué par Valérie Donzelli) forme peut-être le caractère qui présente le plus d’intérêt, cristallisant toutes les ambivalences que porte chacun des autres membres du groupe et qui peut caractériser l’humain. Alors que son métier lui impose d’être l’œil témoin qui ne prend pas parti (elle refuse par exemple que les bénévoles utilisent ses images), elle suit une trajectoire où son statut de personne critique, ne cessant de questionner les motivations et le sens des actions opérées par ceux qu’elle filme, laisse finalement place à une position émotionnelle qui valide l’opération menée par l’ONG, puisqu’elle envisage de ramener un enfant pour elle en France. Son personnage pointe dès le départ les embûches et approximations dangereuses de l’équipe de Jacques Arnault, son amateurisme, puis revêt le costume de bienveillance aveuglée qui entraîne l’enlèvement des enfants. C’est toute l’intelligence du cinéaste de réussir à éviter l’écueil d’un positionnement critique qui amoindrirait ici les déterminations troubles des acteurs d’une telle affaire. Sa fiction permet de soulever, en toile de fond, de vraies questions concernant le droit d’ingérence, option qui demeure à l’heure actuelle assez floue dans la capacité de certains acteurs à y avoir recours.

Titre original : Les Chevaliers blancs

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Durée : 112 mn


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