Le Voyage dans la lune

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Un pionnier de la SF au cinéma par le magicien Georges Méliès.

George Méliès, prestidigitateur de profession, s’intéresse au cinéma dès son invention par les frères Lumières ce qui va le conduire à se procurer le matériel nécessaire à l’enregistrement d’images en mouvements. En opposition aux inventeurs de ce médium, il va se tourner tout de suite vers la création non pas de scènes de la vie quotidienne mais de fictions qui lui permettront d’allier sa magie à cet art naissant. Le voyage dans la lune, son œuvre la plus célèbre, est aujourd’hui considéré comme l’un des tous premiers films de science-fiction de l’histoire du cinéma.

Ce film réalisé en 1902 marque la première utilisation esthétique du steampunk dans le cinéma. Ancré dans un monde tout droit sorti de cette ère de l’industrialisation et des machines à vapeur, le réalisateur ne fait finalement qu’imaginer son propre réel remanié comme un fantasme de science-fiction aussi ésotérique qu’irrationnel. L’apparition de cette imagerie vient bien évidemment d’une inspiration littéraire, celle de Jules Verne, grand créateur au XIXème siècle de ces mondes hallucinés et vaporeux. Chez Méliès elle se manifeste d’abord sur Terre lorsque la fumée (steam) vient envahir l’image à plusieurs reprises et dans le design des appareils scientifiques (fusée, canon…) pouvant aisément rappeler le sous-marin du capitaine Nemo dans 20 000 lieues sous les mers. Cet univers irrationnel qui nous présente des savants partir pour l’espace avec leurs hauts de formes et leurs parapluies à bord d’un obus propulsé par un grand canon (un voyage plus proche d’une attaque) devient alors halluciné à l’intérieur de cette lune personnifiée.

 

 

L’on explore son intérieur qui rappelle sans difficulté Voyage au centre de la terre toujours de Verne avec ses grandes cavernes aux champignons disproportionnées et ses ennemis mi-hommes mi-crustacés. Un élément vient cependant remettre en cause la notion de steampunk dans le film, la mort de ces ennemis qui frappés par les scientifiques disparaissent soudainement en fumée. Le « steam » du film passe de l’industrialisation à la magie, Méliès, surnommé le ciné-magicien, utilise cet élément du steampunk comme un effet visuel qui renvoi alors à l’artificialité certes mais surtout à la beauté de ce monde solide (ici la présence d’acier ou de roche) qui s’évapore pour devenir un grand tour de magie, en témoigne à la fin du film cette statue d’un homme semblable à un magicien. Méliès fait cohabiter des mondes qui agissent sur l’effet de croyance du spectateur, ce voyage devient un grand trip hallucinogène qui en revient aux fondements du cinéma, la manipulation, nous faire croire à l’impossible et à l’improbable. Cet écran de fumée qui se propage est autant le leurre du magicien qu’un ingrédient alchimique visant à nous hypnotiser et nous donner la crédulité nécessaire au visionnage du film : le solide peut devenir liquide, le matériel (les ennemis) peut devenir immatériel, le concret (le voyage même) peut devenir abstrait, le soi-disant chaos à l’écran peut devenir cosmos (organisé) pour le spectateur.

Titre original : Le Voyage dans la lune

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Durée : 14 mn mn


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