Un premier long très remarqué
Après trois courts-métrages remarqués, Orkhan Aghazadeh présente son premier court-métrage dans de nombreux festivals et obtient quelques prix, notamment au Festival des Trois Continents (Prix du jury Jeunes et Mention spéciale du jury), à Riga (Mention spéciale), à Turin (Meilleur film), etc. Il va être projeté ce mercredi en salles en France et surtout ne le manquez pas car hélas, vu la concurrence, les films ont une durée de vie très courte dans les cinémas notamment parisiens et même provinciaux quand ils ont la chance d’y arriver.

Néoréalisme italien
Ce retour du projectionniste, on aimerait le comparer à Cinema Paradiso de Giuseppe Tornatore (1988) ou Cinema Splendor d’Ettore Scola (1988). Sauf qu’ici il ne s’agit pas de l’Italie mais de l’Azerbaïdjan, dans un village des monts Talych près de la frontière de l’Iran. Et puis ça parle surtout d’un projectionniste à la recherche d’une salle et d’un projecteur dans ce pays coupé de tout et surtout du moindre outil informatique en état de marche. Et pourtant le rêve y survit et s’empare de presque tous les habitants pour la projection finale d’un film indien tout raturé et aux couleurs passées et dont la fin a disparu…

Cinéma versus télévision
Le film raconte l’histoire d’un réparateur de télévisions, Samid, qui retrouve un ancien projecteur de cinéma de l’ère soviétique tout poussiéreux et qui tente de le réparer pour faire revivre la vétuste salle de cinéma du village. La métaphore n’aura échappé à personne et, du coup, le film prend une tournure à la Fellini, avec réminiscence du néoréalisme et de la volonté de conserver l’art du cinéma pour lutter contre l’asservissement des médias modernes, à commencer par la télévision. Malheureusement, les choses ne se déroulent pas aussi bien que cela dans ce village reculé : la pièce commandée n’arrive jamais, les villageois ne le soutiennent pas vraiment, les lenteurs de l’administration héritée du socialisme, etc. jusqu’à l’arrivée du jeune Ayaz, passionné de cinéma et même des nouvelles technologies. Il réalise même des courts-métrages d’animation dont un qu’il veut envoyer à un concours.

Les pièges de la technologie
On suit donc ces deux personnages pendant tout le film en ne ratant rien de leurs mésaventures et de leurs stratagèmes pour arriver à leur but. Dans cette bataille, Ayaz perdra même tous ses films sur son ordinateur à cause de la vieille clé USB de Samid, mais enfin la pièce du projecteur arrive par une Poste très lente et le cinéma pourra ouvrir au moins pour un soir, alors que les affiches annonçant l’événement ont eu le temps d’être abimées par les intempéries. Le film propose ainsi une réflexion sur le temps qui passe, sur la patience, sur la technologie, les relations entre les générations et même bien sûr sur l’art du cinéma qui semble fasciné autant. On le constate par la fascination que le public ressent lors de la projection dans la petite salle même si le film et la projection sont loin d’être parfaits.

A propos des personnages
On apprend aussi par hasard, en feuilletant le dossier de presse du film, que le personnage de Samid existe et ça le rend encore plus attachant et émouvant : « Je l’ai rencontré quand je travaillais sur mon film de fin d’études, The Chairs. Nous faisions des repérages, l’hiver, et nous nous sommes retrouvés coincés dans le village de montagne de Sim à cause de la neige. Samid, qui vit là, nous a accueillis. Quand il a appris que nous étions une équipe de film, il nous a montré ses vieux équipements de projection de films, qu’il gardait en réserve depuis près de trente ans. Il était, avant, le projectionniste local, qui se déplaçait aussi dans les villages environnants pour montrer des films en utilisant un matériel portable, et il rêvait de redonner vie à cette activité. Cette rencontre m’a marqué et après avoir fini mes études à Londres, je suis retourné voir s’il était toujours là, et s’il avait toujours le même rêve. C’est comme ça que tout a commencé. Il a fallu environ deux ans et demi pour compléter et terminer le film. Nous avons filmé en plusieurs fois, par périodes d’une semaine ou dix jours sur différentes saisons, pour refléter la vie du village. » Et quand on sait qu’il en va de même pour le jeune Ayaz, on se dit que le film est une belle aventure de cinéma, ce rêve permanent.






