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Le Prestige

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Machines, machinations, machineries et jeu machinal.

Il ne faut pas oublier que le « steampunk » ne se trouve pas seulement en science-fiction, et Le Prestige permet de le rappeler.

Aux machines à vapeur, le film de Nolan, aussi, fait la part belle ; au même titre que ce sous-genre. La machine, notamment, d’un Tesla, « génie de l’électricité » et auquel l’énigmatique David Bowie prête ses traits, fait l’objet d’une fétichisation particulière, et se révèle, moteur, si l’on peut dire, de l’intrigue.
Les machines, en effet, s’avèrent déterminantes dans cette histoire axée autour des rixes intestines de deux magiciens rivaux dans le Londres de l’époque victorienne.
Il s’agit, dans ce conflit sans trêve, de surpasser à chaque fois son concurrent, à travers un tour de magie plus frappant et plus spectaculaire ; machines et machineries peuvent, évidemment, les y aider.
L’ère choisie de l’époque victorienne n’est pas du tout anodine, puisqu’elle converge avec la dite « révolution industrielle », et une confiance exacerbée envers les machines de tout crin, avec les dérives corollaires – et de multiples récits de cette période en portent la trace, à l’image du « Frankenstein » de Mary Shelley, publié en 1818.
Dans son livre « The Seven Beauties of Science-fiction » (« Les sept attraits de la science-fiction »), Istvan Csicsery-Ronay Jr. exprime bien cordialement ce lien intrinsèque entre « steampunk » et ère victorienne, en déclarant que le steampunk « revient à son passé historique pour découvrir ses propres fondements, ses héros et héroïnes matriciels… pas seulement dans la littérature, mais dans l’imagination technologique elle-même. » (dans le texte original, Csicsery-Ronay écrit que le steampunk « returns to the historical past to discover its own determining conditions, its founding heroes and heroines… not only of its literary life, but of the technological imagination itself »).
Le sujet de la magie sert, ici, également, à parler, de manière métaphorique, d’un autre art de l’illusion et de la prestidigitation, à savoir le cinéma.
Le film, adapté d’un roman de Christopher Priest, nous apprend qu’on décompose communément un tour de magies en trois étapes : la « promesse », le « tour », et donc, enfin, le « prestige » qui donne à ce récit son titre. La « promesse » correspond à une présentation, le « tour » à une première transformation magique, et, pour terminer, la troisième et dernière, un surgissement imprévu, un rebondissement auquel on ne s’attendait pas, comme l’équivalent d’un coup de théâtre.
Le problème, cependant, en alignant sans cesse les tours de magie les plus improbables, à grand renfort d’astuces peu crédibles et de sosies catapultés, le film finit par se réduire lui-même à un simple tour de passe-passe, brillant en surface, mais en profondeur complètement vain.
On pourrait aussi comparer le film à une machine, marchant sans failles, mais dépourvue de toute âme. Arrogant, sûr de ses petits effets et prenant le spectateur de haut par sa mise en scène artificieuse et son scénario byzantin, Le Prestige s’évanouit lui-même dans sa surenchère prétentieuse, jusqu’à s’auto-détruire, de la même façon, exactement, que les deux personnages, incarnés par deux acteurs aussi froids qu’antipathiques.
Le propos, pourtant, pouvait prêter à un film intéressant, avec la fameuse question : connaître les ficelles d’un spectacle ou d’un film empêche-t-il de les apprécier ? Quel spectateur vaut-il mieux être ? De la vérité ou du plaisir, lequel compte-t-il davantage ?
Le Prestige fait cependant le choix d’une mise en parallèle des deux trajectoires de ces deux magiciens qui se détestent mortellement, en s’essouflant bien avant la fin. Les « twists », « chutes » et « fausses fin » s’égrènent, machinalement.


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