Tout semble fractionné, indéfini, dans le monde de Victor. De sa maisonnette échouée quelque part en bord de mer à son père, ogre insensible et asocial, pas un espace, pas une personne ne se donne à voir dans sa totalité. Même le soleil, jamais net, ne brille que d’une lumière crépusculaire. Dans cette zone nébuleuse où tout reste indéterminé, Victor arpente les routes en autostop jusqu’à Montpellier à la recherche d’une réponse, même fragmentaire, pour stabiliser cet univers et tenter de vivre. Alors que son père daigne pour la première fois admettre son existence, celui-ci lui offre deux copies de la sixième de Gustav Mahler. Victor se plonge alors dans les méandres du compositeur autrichien avec empressement. Comme si les modulations tragiques de sa musique pouvaient lui permettre de démêler l’indicible, de résoudre l’énigme de sa vie.

Ni bon ni vraiment mauvais, Le dernier coup de marteau traine surtout derrière lui un problème de conviction, un manque d’énergie. À trop hésiter entre le naturalisme – le coup des piles, ridicule, alors que Victor fait écouter à sa mère son passage préféré de la sixième de Mahler – et la chronique sociale, à trop chercher une caution réaliste pour épaissir l’enjeu dramatique, Alix Delaporte plombe son film. Une pathologie presque plus désagréable qu’un naufrage en bonne et due forme. Dommage que ce dispositif sans relief et ronflant ne se dégonde pas en cours de route. D’autant que le film était tout de même en compétition à la Mostra de Venise 2014.






