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Le défi du champion

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Le milieu du foot italien comme métaphore de note société et comment en sortir ?

Hommage à la comédie italienne

Il n’est pas étonnant que ce beau film ait obtenu le Prix du Public au dernier festival du Film italien de Villerupt puisqu’il parle à tous les publics par son humour, sa tendresse et son humanité. Leonardo d’Agostini déclare dans le dossier de presse du film qu’il a voulu ainsi rendre hommage à la comédie italienne des années 60-80 et c’est en effet une belle réussite. « Le premier qui me vient à l’esprit, c’est Dino Risi. Le plus bel exemple c’est Le Fanfaron avec Vittorio Gassman et Jean-Louis Trintignant… sans oublier Parfum de Femme en 1975. Je pourrais bien sûr citer toutes les autres comédies italiennes de la même époque. A côté, je pense à Robert Altman ou à Steven Spielberg qui font un cinéma totalement différent, mais où il y a de la profondeur tout en s’amusant. »

 

 

Un feel good movie

L’horrible définition en cours de nos jours de feel good movie convient pour une fois parfaitement à ce film justement parce qu’il nous rend heureux mais sans mélo, ni bons sentiments dégoulinants d’hypocrisie. L’exemple français qui nous vient en tête et qui a aussi un peu inspiré le réalisateur italien, selon ses dires, est Intouchables de Toledano et Nakache, mais avec beaucoup plus de sens et de profondeur. De quoi parle donc ce feel good movie ? D’une relation entre un très jeune footballeur richissime de l’AS Roma qui n’a pas les bonnes manières et que le dirigeant du club veut obliger à passer son baccalauréat. Pour cela il sera entraîné par un professeur un peu plus âgé que lui, au chômage, et qui fera merveille en découvrant le potentiel de ce jeune homme et sa grande sensibilité. Un potentiel d’intelligence et de sensibilité que notre monde moderne avide de sensations et d’argent avait laissé en jachère pour n’exploiter que son image. La rencontre entre ces deux hommes, que la vie finalement n’a pas épargnés, sera salutaire pour les deux et donne l’occasion d’une mise en scène de la pédagogie quasiment socratique qui réhabilite les professeurs et leurs élèves malmenés souvent par les médias. Comme le remarque lui-même Leonardo d’Agostini : « A la fin, c’est la rencontre de deux individus seuls qui deviennent amis et se rendent meilleurs. » Ce n’est d’ailleurs peut-être pas pour rien que le professeur s’appelle Valerio Fioretti en référence aux fioretti de saint François d’Assisse auxquels Roberto Rossellini avait rendu hommage dans un film qui porte ce titre.

 

 

Des acteurs excellents

Sur le plan artistique et technique, ce film est magnifique, laissant enfin espérer en la renaissance d’un cinéma à la fois populaire et profond et c’est une grande chance. Miraculeusement, le réalisateur a obtenu de l’AS Roma l’autorisation d’utiliser à la fois son nom, son image mais aussi ses locaux. Cela donne une belle immersion dans le milieu et les vestiaires du football en Italie, ce sport national que le public adule, expliquant pourquoi le personnage de Christian Ferro soit devenu si populaire partout, malgré ses nombreuses frasques. Avec un scénario de Giulia Steigerwalt, une lumière de Michele Paradisi, le premier long métrage de Leonardo d’Agostini, qui vient de commencer le tournage d’Une histoire noire d’après un livre paru chez Actes Sud, est aussi une réussite parce qu’il s’appuie sur le talent de deux acteurs talentueux et très présents. L’un est le très connu Stefano Accorsi qui s’impose dans le rôle du professeur, et le presque débutant Andrea Carpenzano découvert dans le sublime Frères de Sang des frères d’Innocenzo. De plus, le dossier de presse nous renseigne sur la jeune équipe de foot de France. Même si le baccalauréat n’est pas la preuve ni de l’intelligence, ni même du savoir-vivre tout court, on y apprend que beaucoup de jeunes joueurs ne l’ont pas obtenu. Seuls Olivier Giroud – qui est, au passage, le footballeur le plus diplômé puisqu’il a eu son bac ainsi qu’un diplôme de Staps – et Kylian Mbappé qui a obtenu son bac STMG tout en jouant dans l’équipe nationale, sont bacheliers. Les autres, comme Antoine Griezmann, Nabil Fékir ou Adil Rami ne l’ont pas obtenu. Qu’en est-il de Christian Ferro ? On vous le laisse découvrir.

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Durée : 105 mn


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