Le Cri

Article écrit par

Antonioni crie dans tous ses plans qu’il ne sera plus jamais le même, que cette transformation est omniprésente et que personne ne pourra lui redorer le blason. Un génie est né !

Le Cri est une œuvre teintée de réalisme poétique et de modernisme cinématographique. Ancien assistant de Marcel Carné, Antonioni savoure cette histoire d’amoureux transi dans le microcosme des ouvriers et parsème son film de séquences que l’auteur du Jour se lève n’aurait pas reniées. Filmant la lente désagrégation d’un homme largué par sa copine, Antonioni profite de cette base scénaristique pour transporter ses protagonistes (un père et sa fille) dans une errance sans but. Chemins de traverse, routes abîmées, paysages grisâtres et esprits farouches. Beau menu pour un déjeuner peu copieux.  

Œuvre de transition, Le Cri respire de temps à autre un soupçon de modernité. Où la dénicher ? Dans cette mise en propos qui dénature complètement la pauvreté ambiante du film, qui décrasse la sordidité des regards mal léchés et surtout qui hisse cet homme tout en haut d’un piédestal, celui d’un romantisme flamboyant. 

Ne pas perdre espoir et renaître de ses cendres. Adage qui aurait dû coller au corps de ce pauvre infortuné mais qui reste bien loin de la réalité.  Vivre pour se faire happer par le noir et blanc granuleux d’une image vieillissante ? Interrogation principale qui conduit ce héros mal aimé vers les sentiers de la honte. Alors cette quête absurde prendra de l’envol et suscitera pas mal de haines envers toutes les femmes rencontrées au gré d’un hasard ou d’une coïncidence. Tout brûle, tout s’enflamme tel ce cercle de feu qui détruit tout sur son passage, entraînant nos personnages dans une spirale sans fin jusqu’à ce que la Mort décide de les séparer.

Le Cri reste une œuvre intrigante, maladroitement ficelée, quelque chose qui oscillerait entre une volonté de redéfinir un monde et le passage obligatoire vers une autre forme de cinéma, vers une liberté absolue où le cinéaste crie dans tous ses plans qu’il ne sera plus jamais le même, que cette transformation est omniprésente et que personne ne pourra lui redorer le blason. Tout se joue évidemment dans ce dernier plan, dans ce dernier saut d’ange, dans cette ultime étreinte.  Un corps qui tombe,  une voix qui s’élève et une enfant qui pleure. A tout jamais… Un génie est né !

Titre original : Il Grido

Réalisateur :

Acteurs : , , , ,

Année :

Genre :

Durée : 110 mn


Partager:

Twitter Facebook

Lire aussi

L’Odyssée

L’Odyssée

Le film de Christopher Nolan décrit les aventures d’Ulysse, de la prise de Troie à son retour victorieux à Ithaque où il retrouve sa femme, Pénélope, et son fils Télémaque. L’adaptation est très conventionnelle sans aucune inventivité formelle, et reflète plutôt les fantasmes de notre époque que ce qui pouvait animer les personnages homériques.

Pâques sanglantes : entre tragédie antique et western conventionnel

Pâques sanglantes : entre tragédie antique et western conventionnel

Le cinéma néo-réaliste de Giuseppe de Santis exalte la choralité et le lien cosmique entre les paysages ruraux du Latium et leur population vivant en complète autarcie et dans un enracinement profond à une terre inhospitalière. D’amples travellings et mouvements d’appareil à la grue assument cette transition entre le décor naturel agreste et les protagonistes en proie à des luttes intestines ou des rixes claniques. Dernier volet de la trilogie paysanne de Giuseppe de Santis, Pâques sanglantes est une tragédie grecque au dénouement cathartique. Relecture ..