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Le Cinéma de Boris Vian

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Un beau documentaire qui retrace le rapport complexe et tragique de l’illustre jazzman et romancier au cinéma.

Comme l’indique son titre, le documentaire de Yacine Badday et Alexandre Hilaire que diffuse ce samedi Ciné + Classic met avant tout en lumière un aspect – pas le plus connu – de la vie de l’artiste multi-facettes que fut Boris Vian. Soit donc sa relation tumultueuse et finalement fatale avec le septième art (il mourra à seulement trente-neuf ans, en pleine projection de l’adaptation de son roman à scandale, J’irai cracher sur vos tombes). Par le biais des témoignages de professionnels du cinéma (le critique Alain Riou, les cinéastes Philippe le Guay et Yves Boisset, l’écrivain et scénariste Laurent Chalumeau, qui ne manque pas de faire part de franches réserves sur le travail de Vian) et d’amis (parmi lesquels la journaliste France Roche), Le Cinéma de Boris Vian dessine avec élégance la trajectoire d’un homme dont la fascination, l’amour pour un art qui quelque part traversait déjà ses romans n’aura pas suffi à leur association heureuse.

Le fil rouge du documentaire sera ce fameux jour de juin 1959, où Boris Vian succomba à une crise cardiaque dans la salle Marbeuf (il s’ouvre d’ailleurs par l’évocation de la scène en voix-off par un narrateur : le trop rare François Marthouret). La conscience qui sera la nôtre, tout du long, à l’écoute des témoignages de ses proches et la vision d’extraits de ses prestations dans les films de Pierre Kast (Le Bel Âge), Roger Vadim (Les Liaisons dangereuses) ou Jean Delannoy (Notre-Dame de Paris), de la fin de l’histoire confère alors à l’ensemble du récit une gravité diffuse. L’épisode le plus décisif est peut-être, dans le dernier quart d’heure, celui où la lecture d’un long passage du scénario de J’irai cracher sur vos tombes, qu’il proposa lui-même aux producteurs du futur film – scénario étrange, pour le moins inadaptable, comme par volonté de « sabotage » d’un film qu’il n’a sans doute jamais désiré – puis de la lettre de refus de ladite production annonce une fin de partie. A la sécheresse des mots s’associent un document (images du tournage du film) et des illustrations des séquences décrites dans le scénario de Vian soulignant la part d’arbitraire et d’injustices accompagnant toute représentation.

Le Cinéma de Boris Vian, si la fatalité de cette relation au septième art est son sujet, n’est pas pour autant un documentaire « à charge », désignant les auteurs de l’adaptation finale du roman comme responsables directs de sa mort. S’il ne fait aucun doute que les tourments ayant accompagné cette dépossession de son œuvre phare ont pour grande part précipité le décès prématuré d’un homme à la santé par ailleurs très fragile, le film trouve une vraie hauteur par l’aptitude des témoins à ne pas trancher. Le cinéma fut bien pour Boris Vian, comme il est dit très tôt dans le film, un « rendez-vous manqué », mais certainement pas un bourreau ni une malédiction. Ce qui ressort suite à la vision de ce documentaire, c’est avant tout la problématique du voisinage jamais évident des arts, la maîtrise jamais acquise, y compris pour le champion d’une certaine catégorie artistique (Boris Vian restera à jamais et avant tout l’une des plus incontournables références du jazz français et international, mais aussi l’auteur de quelques romans tardivement réévalués, tels que le beau L’Ecume des jours et évidemment le controversé J’irai cracher sur vos tombes), d’autres disciplines que la sienne. Quelle que fut l’issue de leur histoire, que Boris Vian ait aussi rêvé de cinéma ne peut, au vu de sa postérité, tout à fait conduire à l’amertume.

Le Cinéma de Boris Vian, samedi 17 décembre, 21h40 sur Ciné + Classic, suivi de L’Ecume des jours de Charles Belmont (1968).

Boris Vian - Une vie une oeuvre (Simone Douek et Anna Szmuc)

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