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L’Ami de la famille (L’Amico di famiglia)

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Dépasser la provocation, l’accepter, aller au delà d’une réticence initiale, telles sont les conditions essentielles pour pouvoir apprécier le deuxième long métrage de Paolo Sorrentino, à nos yeux le plus prometteur parmi les réalisateurs italiens contemporains. Effectivement, le film se heurte au spectateur dés le début : un premier plan dans lequel un mouvement de […]

Dépasser la provocation, l’accepter, aller au delà d’une réticence initiale, telles sont les conditions essentielles pour pouvoir apprécier le deuxième long métrage de Paolo Sorrentino, à nos yeux le plus prometteur parmi les réalisateurs italiens contemporains.

Effectivement, le film se heurte au spectateur dés le début : un premier plan dans lequel un mouvement de grue en arrière, livre à ses prières une soeur enterrée dans le sable, la réduisant à un point noir insignifiant sur une plage confronté à l’immensité de la mer. Facile ? Peut-être pas, si on le prend au sérieux. Cette soeur n’est que le point de départ d’un voyage qui enquête sur la pensée de l’être humain, pris entre une norme qu’il se doit d’accepter et un instinct animal qui remet sans cesse en question l’acceptation de la règle établie.

Il ne lui reste au fond que deux pulsions, le désir et la peur: liées, indissolubles, l’une conséquence de l’autre et vice-versa. Si l’être humain refuse le désir (voilà pour le moine et les autres nombreuses allusions religieuses dans le film), il étouffe par la peur du châtiment, le sentiment du pêché, la certitude de l’erreur. Si au contraire le désir le domine, il devient Geremia de Geremei, le sordide et répugnant protagoniste du film. C’est un homme âgé, laid, un usurier qui vit dans la misère avec une mère malade qui, de son lit, l’obsède, le contrôle, le domine.

L’habilité du cinéaste se manifeste avant tout à travers la finesse avec laquelle il construit son récit, prônant l’identification avec son personnage monstrueux dans le but de mettre le spectateur mal à l’aise, se confrontant à la dégénération d’un homme qu’il comprend mais condamne en même temps. C’est un procédé qui, en soi, n’est certainement pas nouveau, mais Sorrentino le maîtrise extrêmement bien, et, on aurait envie de dire, y aboutit. Son secret, c’est au fond de simplifier les choses : en réduisant au néant l’importance des relations sociales, des liens de parenté, d’amitié, du mariage, de confiance, d’entraide, de solidarité, en renversant complètement le sens de tout ce qu’on appelle des « valeurs » à travers la manifeste d’hypocrisie du protagoniste (est remarquable la facilité avec laquelle il dit à tous ses clients, victimes de son chantage, « ma dernière pensée sera pour vous »). Sorrentino nous met face à l’évidence qu’il ne nous reste rien de sûr, rien en quoi on puisse croire sinon la certitude de la peur et le désir. Ce dernier choisit son objet sans trop y attacher d’importance : cela peut être l’argent, à notre époque c’est souvent le cas, mais aussi le corps féminin. Ce qui compte c’est la sensation de domination et de contrôle. Seul l’amour, lorsqu’il surgit, semble avoir la force de balayer peurs et désir de puissance… mais est-ce vraiment le cas ?

L’ambiguïté, donc, comme marque de ce film, est présente à différents niveaux : dans l’écriture subtile des dialogues, qui jouent toujours sur le double sens des mots, sur l’interprétation, sur l’incertitude, sur l’habilité de Geremia à maîtriser comme il le dit « l’art de la parole ». Mais aussi, par exemple, dans le décor : on pense surtout à la maison pauvre et obscure dans laquelle vit le protagoniste avec sa mère, lieu en lui-même difficile à classer, qui suscite compassion pour sa pauvreté, et rejet, méfiance, peur. Ambigu est aussi l’adjectif le plus adapté pour qualifier le cadrage, qui s’amuse à aller à la rencontre du détail signifiant, embarrassant, soit en filmant de très près les objets, les personnages, les visages pour créer une atmosphère maladive, soit au contraire en révélant à travers de légers recadrages les ambiances, les lieux, une multitude de croix accrochées au dessus du lit de la mère de Geremia, ou des posters porno accrochés au mur du camping-car de son ami Gino.. L’éclairage contribue à cette sensation, bien entendu, ainsi que la musique, éléments qui, ensemble, tissent un film complexe, à la fois drôle et répugnant, qui mériterait d’être revu et analysé plusieurs fois ; film si insolite qu’on penserait impossible de voir sortir en salle aujourd’hui, mais, comme le dit Geremia, « il ne faut jamais confondre l’impossible avec l’insolite ».

Titre original : L'Amico di famiglia

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Durée : 108 mn


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