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La Rafle

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« La Rafle », c’est la reconstitution de la rafle du Vél’ d’hiv’, en juillet 1942 à Paris. Dommage, la réalisation du film, plate, sans enjeu, peut-être intimidée, n’est pas à la hauteur de la gravité du sujet.

Un film nécessaire est-il nécessairement un film réussi ? A sujet d’importance – la rafle du Vel’ d’hiv’, le 16 juillet 1942, à Paris – grande question, en effet ! D’abord, parce que c’est la toute première fois que le cinéma français s’empare de cet épisode, effarant et bien réel pourtant, sous forme de fiction. Or, sachant que nombre de collégiens et de lycéens – public potentiel évident – vont le découvrir par ce biais, on ne peut que redoubler de vigilance, voire d’exigence. L’éducation à la tolérance et à l’altérité passe aussi par l’éducation du regard…

Cruel dilemme, de fait. Doit-on s’incliner devant le devoir de mémoire irréfutable qu’implique cette histoire, négligeant dès lors les impairs et les conventions d’une réalisation impersonnelle ? Ou doit-on regretter, quand même, que La Rafle de Rose Bosch ne parvienne jamais à s’extraire d’une représentation consciencieuse mais plate ? Sans autre enjeu que de montrer, de rendre visible ce qui, trop longtemps, a été caché (la rafle, donc, mais encore la culpabilité du gouvernement français). Les bonnes intentions ne font pas les bons longs métrages, hélas. Ni les reconstitutions, sages quoique documentées, dès lors qu’aucun point de vue n’émerge. Une faiblesse courante dans les téléfilms, mais ô combien manifeste au cinéma…

Certes, pénétrer dans le Vélodrome d’hiver aux côtés de ces familles juives éberluées, arrêtées et malmenées par la police française, saisir ce qu’ont été leurs conditions sanitaires (épouvantables), les suivre dans les trains à bestiaux ou de marchandises, jusque dans ces baraques du camp de Beaune-la-Rolande encerclés de barbelés, dont on sait, aujourd’hui, qu’elles auront été les antichambres de leur mort, tout cela éveille la curiosité. Avive l’intérêt, puisqu’aucune image n’a jamais été montrée, jusqu’alors. Et bouleverse. Pour autant, vouloir rendre compte de la barbarie humaine sur grand écran, uniquement par le biais de l’émotion, c’est un peu court.

"Modeste"

Certes, Rose Bosch réfute apparemment cette lecture "tire-larmes" et monochrome : elle dit, en guise de posture morale, avoir opté pour un usage modeste de la grammaire cinématographique afin de respecter la dignité des personnes impliquées (elle s’appuie sur des histoires vraies). Peu d’effets de caméra, donc, mais si peu en fait… que les rares travellings, dont un dans le Vélodrome d’hiver, deviennent très voyants du coup. Presque trop violents. Et maladroits. Par ailleurs, si choisir pour personnage fil rouge de son film un petit garçon de 10 ans (le mignon et sobre Hugo Leverdez), ça n’est pas consciemment le tirer vers le mélo-tire larmes, alors il ne reste plus qu’aux Charles Dickens en puissance à fermer boutique !

Et que dire, par ailleurs, du balancement binaire du scénario ? En contrepoint des scènes du Vélodrome d’hiver puis du camps d’internement, Rose Bosch nous emmène sur les hauteurs du Berghof, en compagnie d’un Hitler souriant et chahuteur, puis dans les bureaux confinés de Vichy, aux côtés de Pétain et de Laval, histoire de bien désigner les coupables (les Nazis instigateurs et cyniques, les Français collabos zélés). C’est sans doute dans ces échanges sommaires, dans ces allers et retours réducteurs, et en costumes  ripolinés, que l’esthétique téléfilm de La Rafle se fait le plus sentir, d’ailleurs…

Cela étant, il faut reconnaitre que pour son second long métrage, après Animal, en 2004 -thriller futuriste assez calamiteux – Rose Bosch prend des risques. Ainsi, contrairement à nombre de ses plus illustres prédécesseurs (récents) dans un registre similaire – tels Spielberg, Polanski ou Benigni – elle s’intéresse non pas à un destin individuel mais pluriel, une rafle, par définition, étant collective (en l’occurrence ici 13 000 personnes seront raflées in fine). D’où la multiplication des personnages, et en conséquence l’accumulation des visages comme des situations.

Forcément, même si l’on parvient à en distinguer quelques-uns, leur densité dramaturgique, leur "valeur" narrative en quelque sorte, s’étiole, se ventile. Façon puzzle. Peut-être aussi parce que l’effet loupe du cinéma s’accommode mieux, en général, d’un parcours singulier qu’il sait rendre exemplaire, donc universel…? De toute façon, ici dans La Rafle, certains destins prennent le pas sur d’autres, non pas qu’ils soient plus intéressants, mais parce qu’ils sont interprétés, tout simplement, par des acteurs connus, voire des stars (Jean Reno, Gad Elmaleh, Mélanie Laurent, Sylvie Testud)… Un "détournement" paradoxal sinon embarrassant.

Car en fin de compte, la vraie "modestie" et le vrai "point de vue" de la réalisatrice n’auraient-ils pas dû se manifester, précisément, dans le choix d’une distribution anonyme, en tout cas non référencée, pour mieux témoigner, justement, de la réalité de cette communauté sacrifiée ? Décidément, à défaut de convaincre par ses réponses, La Rafle de Rose Bosch est un nid de questions.

Titre original : La Rafle

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Durée : 115 mn


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