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La Mer à boire

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Le marasme économique n´épargne personne, pas même les chefs d´entreprise au grand coeur. Snif.

Georges Pierret (Daniel Auteuil), patron d’un chantier naval fragilisé par la crise économique, contemple d’un air affligé la photographie qui trône sur le mur de son bureau. On l’y voit, épanoui et affable, entouré de ses employés, tout aussi épanouis et affables. Le portrait s’anime comme par magie sous son regard tristounet et le sourire des travailleurs n’en est que plus éclatant. Mais ce bonheur collectif n’est qu’un lointain souvenir : M. Pierret doit désormais procéder à une restructuration et licencier la moitié de son équipe. Ô rage, ô désespoir ! Quoi de pire pour un chic type comme Georges que de se retrouver ainsi le couteau sous la gorge ?

Chic, Georges l’est assurément : c’est le genre de directeur à baisser son propre salaire avant celui des autres, à prêter de l’argent à ses sous-traitants, à saluer poliment ses employés et à leur pardonner leurs égarements sans sourciller. Un homme bon, broyé par le système. Parti de cette idée ô combien kafkaïenne, Jacques Maillot s’est laissé dériver. De quoi veut-il nous parler, au juste ? De la crise économique ? De la misère du petit peuple ? Du sacrifice des justes sur l’autel du capitalisme ? Du salut offert par l’amour ? Sans doute un mélange de tout cela. Malgré le talent de Daniel Auteuil, plutôt à l’aise dans son rôle de père courage, La Mer à boire manque de cohérence : entre conflits sociaux, drames personnels – l’épouse décédée qui hante les souvenirs de Georges – et amourettes passagères, le film se disperse et son propos s’affaiblit.

« Les mauvaises passes, on connaît ça, il faut tenir le coup », affirme Pierret à un ami menuisier au bout du rouleau. Comme Guillaume Canet dans le film de Cédric Kahn, le chef d’entreprise rêve d’une vie meilleure, loin des banquiers cruels, des concurrents carnassiers et de la spirale de l’endettement. Pour sortir la tête de l’eau, il est prêt à tout, y compris à vendre sa propre maison. Mais la dégringolade financière semble inéluctable. Le réalisateur a beau multiplier les rebondissements (et que je t’immole un malheureux chômeur, et que je te coule un bateau tout neuf, et que je t’invente un investisseur russe qui pue l’argent sale à plein nez), rien n’y fait : La Mer à boire est un film sans surprise.

Pourtant, le point de départ de Jacques Maillot n’était pas si éloigné de celui de Robert Guédiguian dans Les Neiges du Kilimandjaro. Un chantier naval, un plan de licenciement, des ouvriers sur le carreau. Comme Jean-Pierre Darroussin, Daniel Auteuil incarne un homme intègre, persuadé du bien fondé de ses démarches et de ses agissements. Mais le mérite de Guédiguian consistait justement à remettre en question les certitudes de ses personnages, à chambouler leurs repères. Les chics types ne risquent-ils pas, un jour ou l’autre, de se transformer en petits-bourgeois indifférents à la misère d’autrui ? Non, nous répond Maillot. Son héros, déterminé à sauver son entreprise, se heurte aux caprices de la clientèle, à l’entêtement des grévistes, aux manipulations des puissants de ce monde. Un ensemble de facteurs qui, aussi indubitablement qu’un et un font deux, l’entrainent vers le fond. Ne reste plus au spectateur qu’à observer cette descente aux enfers, en pleurant sur l’épaule du bon vieux George, usé jusqu’à la moelle.

Titre original : La Mer à boire

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Durée : 108 mn


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