Jitters

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Premier long métrage islandais et délicat sur l´adolescence.

Le principal intérêt de Jitters tient peut-être dans sa nationalité, dont il tire le plus grand bénéfice. Ces dernières années, le cinéma islandais a connu une jolie expansion : dix films y sont en moyenne produits par an, pour environ six entrées par habitant (ce qui est beaucoup). Ailleurs, la production cinématographique de l’île continue de s’exporter, et certains films comme 101 Reykjavik ou Illegal Traffic (dont le réalisateur a également signé le remake américain Contrebande) ont rencontré un certain succès à l’international. Jitters s’appréhende d’abord ainsi, comme nouveau jalon d’une production islandaise encore suffisamment rare pour intéresser a priori. Le premier long métrage de Baldvin Z a fait le tour des festivals (dont celui de Cleveland et Edimbourg en 2011) et a été nommé dix fois aux Césars islandais avant d’atterrir dans les salles françaises.

S’il a beaucoup été vu en Islande, pas certain que Jitters passionne les foules ici. On y suit l’été de Gabriel, 16 ans, qui se lie d’amitié avec Markus au cours d’un voyage en Angleterre. Là-bas, les deux ados se sont embrassés, et Gabriel ne sait pas très bien quoi en faire. Il meurt d’envie de le revoir, mais à leur retour, Markus couche avec des filles, semble ignorer ce qui s’est passé. Autour d’eux, la bande d’amis de Gabriel tente elle aussi de concilier tourments adolescents avec parents inexistants ou envahissants. Greta vit seule avec sa mère alcoolique et nymphomane, recherche son père qu’elle n’a jamais connu ; Stella, orpheline, partage le toit de sa grand-mère tyrannique ; Jùdit a du mal à contenir sa sexualité naissante. Tout y est : les premières fêtes alcoolisées, les peines de cœur, les secrets qu’on n’ose pas avouer, la découverte de soi, les tentatives pour trouver sa place. On l’a vu avant ; mieux souvent, dans My Summer of Love de Pawel Pawlikowski ou dans Un amour de jeunesse de Mia Hansen-Løve, par exemple.

Il y a pourtant que Jitters est charmant, dans sa manière notamment de donner place égale à tous ses personnages, incarnés par des acteurs débutants suffisamment prometteurs pour les faire exister pleinement. S’il n’est pas évident que le film parlera beaucoup aux plus de 20 ans, il a le mérite de faire croire à chacune de ses situations, surtout grâce à un montage en ellipse qui privilégie l’instant plutôt que les conséquences de tel ou tel micro-événement. Comme une manière de dire que la vie se joue ici, et maintenant ; qu’à 16 ans, il importe peu de savoir que plus tard, ça ira peut-être mieux, et qu’il n’y a pas pire violence que de nier l’importance du sentiment adolescent. C’est cette délicatesse qui traverse Jitters et le rend aimable jusque dans ses nombreuses maladresses. En mettant l’accent sur le moment, le film de Baldvin Z convoque les souvenirs de jeunesse sans trop jouer des réminiscences nostalgiques.

C’est là aussi la faiblesse de Jitters, qui semble parfois accumuler les vignettes dans un style pop qui ne lui sied pas toujours, par ailleurs lourdement souligné par la musique encombrante d’Olàfur (déjà responsable de la bande originale d’Another Happy Day). C’est dans sa noirceur, sourde mais palpable, qu’on le préfère ; quand, par mini fulgurances, il délaisse le côté bande de potes pour rejoindre les nuances d’un Skins version nordique, et qu’il rappelle que les drames, aussi insignifiants soient-ils, ne peuvent s’apprécier qu’à hauteur de celui qui les vit.

Titre original : Órói

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Durée : 93 mn


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