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J’étais à la maison, mais…

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Film mystérieux, entre hommage à Bresson et énigmes du couple.

L’âne de Bresson

Il est des films qui vous dérangent, que vous voulez abandonner en cours de route, mais qui vous marquent à jamais. Le film d’Angela Schanelec en fait sans doute partie avec son titre pour le moins énigmatique. Encore un qui fera taire les critiques qui s’échinent sur les ondes diverses et avariées puisqu’il est difficile, voire impossible, à pitcher. Un Ovni, on peut le dire comme ça. Une femme étrange, dérangeante, comme au bord de la crise de nerfs, la folie et ses deux enfants, un garçon et une fille qu’elle rudoie, et dont on ne comprend pas bien les interactions. Des scènes de rencontres notamment avec un chorégraphe au hasard des rues de Berlin. Après avoir vu le film, on ne souvient pas de grand-chose, seulement de quelques images marquantes, notamment celles dans la piscine qui servent d’affiche au film. Un film intemporel aussi, un film citationnel puisqu’il rend hommage de ses premières à ses dernières images au grand réalisateur français Robert Bresson, et tout particulièrement à son film phare, Au hasard Balthazar (1966), que la réalisatrice qualifie de plus beau film du monde. Voici pourquoi le film commence par le plan d’un âne dans une maison déserte et en ruines. A ce stade, on penserait plutôt de notre côté au film de Michelangelo Frammartino réalisé en 2010, Le quattro volte, dans lequel ce sont des chèvres qui habitent les maisons abandonnées.

 

Souvenir d’un conte de Grimm

Voici ce qu’elle déclare à ce sujet dans le dossier de presse du film : « La dernière scène dans Au hasard Balthazar, où cet âne va mourir… je veux dire, il n’y a rien de plus à dire. Mais cela fait longtemps que j’ai vu ce film… En même temps, un âne, c’est un âne, vous voyez ? Rien de plus. Peut-être que je voulais m’en libérer (de Bresson), en le montrant. L’idée originale n’était pas Balthazar. Mais j’avais cet âne bressonien en tête depuis longtemps. Et puis il y a ce conte allemand, ces animaux de basse-cour qui vivent tous dans une maison, il y a un âne, un chien, etc. »  Ce conte allemand auquel elle fait allusion, c’est Les musiciens de Brême de Jacob et Wilhelm Grimm, dans lequel les humains ne veulent plus de leurs animaux trop vieux, qui finissent leur vie reclus dans une maison. Est-ce une allusion aux hommes qui, de leur côté, ne font pas différemment dans leurs appartements comparés souvent à des clapiers?

 

Donner une couronne à des enfants

Pour ce qui est de l’ambiance du film, de sa petite musique et de ses images, on pourrait dire qu’elles sont aussi lancinantes. Il faut saluer le travail du directeur de la photographie, Ivan Markovic, qui a su créer un ensemble à la fois terne et pastel pour construire une sorte de climax entraînant raison et déraison, amour et haine, violence et passion. On sent d’ailleurs, et justement par le choix d’une mise en scène d’une pièce de théâtre de Shakespeare interprétée par des enfants, l’influence du théâtre sur le travail d’Angela Schanelec qui en vient puisqu’elle a étudié et travaillé à l’école de Francfort-sur-le-Main, puis s’est produite au Théâtre Thalia de Hambourg et à la Schaubühne de Berlin. Les enfants du film sont étonnants de sérieux et de calme, par comparaison avec la folie des adultes. Ils sont presque tous coiffés d’une couronne. Et c’est symbolique. « Alors, donner une couronne à des enfants, c’est encore plus beau. Mais on ne peut pas le faire comme ça dans la vraie vie. Shakespeare m’a donné une chance de le faire. Et pour aller un peu plus loin, il y avait un garçon au supermarché, et je n’ai pas eu besoin de Shakespeare puisqu’il y avait déjà une couronne dans le film. »

 

Titre original : Ich war zuhause, aber...

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Durée : 105 mn


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