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Je vous souhaite d’être follement aimée

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Un film empreint d’une grande délicatesse sur le besoin de faire lien avec ses origines dans la construction et l’équilibre d’une identité.

« Je vous souhaite d’être follement aimée » est la phrase d’André Breton clôturant la lettre destinée à sa fille Aude dans son livre L’Amour Fou (1937) . A l’écrivain surréaliste, la réalisatrice Ounie Lecomte emprunte donc pour son nouveau film ce titre marqué du sceau de l’attachement et de la passion. Déjà auteure d’un premier long métrage, Une Vie toute neuve (2009), récit d’une fillette coréenne abandonnée à l’orphelinat par son père, celle-ci met à nouveau la question de l’abandon par un parent au cœur de son oeuvre. A cette différence près qu’ici l’enfant abandonné est une jeune adulte, Elisa, à laquelle la belle et secrète Céline Sallette prête ses traits. Née sous X, celle-ci part à la recherche de sa mère dans sa ville de naissance Dunkerque, où elle va jusqu’à s’installer temporairement et exercer son métier de kinésithérapeute. Un adjuvant non négligeable complète cette quête : la présence de son jeune fils, Noé, qu’elle emmène avec elle (le père est resté à Paris). Ce personnage servira à la fois de miroir au questionnement identitaire de sa mère (il porte en lui les traits physiques hérités de son grand-père maternel inconnu) et le pont entre celle-ci et sa mère biologique, Annette : cette dernière travaille à l’école de Noé et développe de l’affection pour lui. Le scénario est simple et s’échafaude rapidement, mais c’est avec de réelles qualités d’épure que la réalisatrice déploie le fil fragile que trame la recherche de la compréhension de l’abandon par un parent et des répercussions qu’il provoque dans la construction d’une identité.
Sans tomber dans le pathos, les plans se succèdent doucement, avec une violence sourde parfois, mais toujours avec délicatesse. Le travail d’image de la directrice de la photographie Caroline Champetier accompagne cette retenue, filmant un Dunkerque placide sous une lumière éthérée, et s’accorde à Elisa et à son fils, sweat bleu passe-partout pour elle ; couleurs sombres également pour lui. L’interprétation rentrée des deux actrices, symbiotiques, Céline Sallette et Anne Benoît, dont les personnages respectifs s’apprivoisent, d’abord sans connaître leur lien puis enfin dans le sursaut étouffé d’une révélation, contribue beaucoup à la qualité du film. A cet égard, le choix d’élaborer le développement de cette rencontre autour des séances de kinésithérapie dispensées par Elisa à Annette inscrit le lien entre les deux personnages dans un échange physique, qui se tisse à partir du toucher des corps et de mouvements propres à cette spécialité thérapeutique. En explorant ce moyen de communication, la réalisatrice vient loger la filiation à l’origine même du corps, créant par là un ouvroir sensible inattendu et original vers une généalogie à raccommoder. C’est ainsi que le film trace son chemin, vers une reconnaissance réciproque, de peu de mots, forcément murmurés, qui, comme le titre, nous seront portés « par le vent qui courbe les aubépines. » (1)

(1) André Breton, L’Amour Fou, Folio, 1976, (réédition), p.165.

Titre original : Je vous souhaite d'être follement aimée

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Durée : 100 mn


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