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Je te mangerais

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Histoire d´un désir étouffant entre deux jeunes femmes, rythmée par des notes de piano tantôt douces, nerveuses et désespérées.

Marie part s’installer à Lyon afin d’y mener ses études au conservatoire. Pour des raisons financières, la jeune fille vit en colocation avec une amie d’enfance, Emma. Apparaît alors une relation trouble entre les deux personnages.

Marie et Emma sont comme le jour et la nuit. La première est souriante et chaleureuse. Elle est une étudiante comme tant d’autres, avec son cercle d’amis, adepte des soirées dans les bars, à discuter autour d’un bon verre et vivant dans son nid, avec, au mur, des photos de ses proches, pleines de vie et de sourires. Emma est son contraire parfait. L’étudiante en médecine, orpheline d’un père et dont la mère brille par son absence, affiche une coiffure stricte, une tenue ordonnée et une allure guindée. Son lieu de vie est austère à son image. A l’intérieur : des tableaux élaborés avec le coup de pinceau lugubre et déconcertant d’une mère distante. De ces œuvres se dégage un sentiment inconfortable, à l’instar des animaux empaillés que Norman Bates a choisi pour la déco macabre de son motel. Discipliné, le chignon d’Emma ne laisse aucune mèche dépasser mais peu à peu, la coiffure se dénoue pour  faire apparaître la vraie nature perturbante du personnage.

Je te mangerais. Le titre du film engage sur une voie où la bestialité prédomine. Sophie Laloy filme les pulsions d’Emma, pulsions de domination et d’anéantissement de l’autre. Le désir n’est évidemment pas absent. Il est même obsessionnel chez l’étudiante à l’apparence rigide. Les gros plans sur une bouche, une nuque ou une épaule aux promesses attrayantes en disent long sur ce désir sexuel d’absorption de sa colocataire, vibrant au rythme agité du Carnaval de Schumann. Dans la maison froide et quasi monacale, les masques tombent pour laisser triompher cruauté, haine et jalousie ainsi que ce rapport étrange et oppressant, où le désir amoureux s’avère ravageur. Puis voilà Marie qui vacille, face à cette relation. Les mains n’obéissent plus pour jouer la partition de piano comme il se doit et les fausses notent retentissent comme la perte et l’abandon de soi dans une relation vouée à la destruction, tandis qu’Emma, à la blancheur non cristalline et hypnotisante, se confond avec une écharde qui vient pénétrer en profondeur la peau douce et fragile de la musicienne.

 

La demeure, d’un rouge pourpre et d’un vert sombre, devient alors une prison où la geôlière impose, sournoisement, ses règles à l’autre et la détruit via ce piano entaillé. Echo de cet enfermement : la très belle composition de Schumann, reposant sur un mode itératif et d’où émerge l’image d’un tourbillon dont on ne peut échapper. La femme désirée n’est pas à croquer, gentiment et avec tendresse, sous la dent, mais à dévorer avec voracité. Si les personnages sont le contraire de l’un et de l’autre, les rapports, eux, sont complexes. A la différence des touches noires et blanches du piano, l’identité des deux jeunes femmes se charge de nuances. Les mains, à la blancheur innocente et  délicate, caressent, attaquent, étranglent, se défendent et se déchirent. Incisions et plaies morales se découvrent dans cette sombre maison, lieu d’une esthétique du désir fou et agonisant ; esthétique toute subtile et feutrée qu’accompagne une partition où la dissonance a toute son élégance.

Titre original : Je te mangerais

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Durée : 96 mn


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